Les sophismes 3/3

Pour rappel : Les sophismes sont des propos tenus qui ont une apparence de logique ou de rigueur. Les sophismes sont des erreurs d’argumentation. En « grattant » un peu vous vous rendez compte que le raisonnement est faux, sans fondement ou que l’on quitte l’objet du débat. Cet article fait suite à celui-ci et celui-là, que je vous conseille de lire avant.

Les règles que je vais énoncer ici proviennent de l’ouvrage « La nouvelle dialectique », que je vous présente ici.

Forme logique d’argumentation

Prémisses contradictoires

Pour tester la logique d’une argumention, il convient de s’assurer que les prémisses ne soient pas contradictoires. Exemple :

« Les Platistes sont de gens comme les autres, c’est pourquoi ils méritent le même respect que tout un chacun. D’ailleurs ils ont bien le droit de penser ce qu’ils veulent, du moment qu’ils n’imposent rien aux autres. Ceci dit, je pense qu’ils sont naïfs. En effet un examen critique met en évidence l’absurdité de la théorie de la terre plate ».

Dans cet exemple il y a deux prémisses contradictoires : « Les Platistes sont des gens comme les autres » et « ils sont naïfs ». Par conséquent ce propos peut être rejeté sans hésitation.

2+3=6

Une argumentation doit être composé d’arguments logiquement valide pour « tenir la route ». Il arrive que lors d’un débat certaines assertions ne mènent pas à la conclusion que nous propose leur auteur.

Dire « Le Japon a réduit sa part de production d’électricité d’origine nucléaire. Donc il est logique que la France en fasse autant » et aussi logique que dire « 2+3=6 ».

Pour être logique, il faudrait que la situation de ces deux pays soit comparable. Or elle ne l’est pas, donc il n’y a rien de logique à dire que le choix de l’un doit s’appliquer à l’autre. En effet, sans lien entre prémisse et conclusion il n’y a pas d’argumentation valide.

Du coup si votre interlocuteur ne parvient pas à rendre cohérent ou logique son argumentation, vous ne devriez pas tenir compte de ce qu’il affirme.

Voici un exemple que je ne parviens pas à comprendre :

« Pourquoi deux personnes qui se sont rencontrées, qui se sont aimées, qui ont vieilli ensemble devraient consentir à la précarité ? ».

C’est une phrase très bien formulée et qui provoque naturellement l’adhésion. Mais je ne vois pas en quoi « Pourquoi deux personnes qui se sont rencontrées, qui se sont aimées, qui ont vieilli ensemble » et lié à « devraient consentir à la précarité ? » (Cher lecteur si vous avez un éclairage à m’apporter je le prends bien volontiers. Pour info c’est une phrase que Christiane Taubira a prononcée le 29.01.13).

Nécessaire ou suffisant ?

Dans un reportage voulant démontrer que le « 11 sept » est un complot, l’interviewé montrait une photo des Twin Tower effondrées, avec des volutes de fumées blanches montant vers le ciel. Son but était de démontrer que la chute des tours était dû à une explosion nucléaire. Il est parti du principe que les fumées étaient de la vapeur d’eau, et de cette manière a pu dérouler son argumentaire.

Je suis d’accord avec lui que la vapeur d’eau donne une fumée blanche. Mais je ne suis pas de l’avis que toutes les fumées blanches sont de la vapeur d’eau. Alors sauf à démontrer que ces fumées sont forcément de la vapeur d’eau, l’argumentation présentent peu d’intérêt.

Tout ceci pour montrer qu’il faut être rigoureux pour rendre valide une argumentation.

Votre menu Maxi Best Of

Vous avez un « tout » constitué de « parties ». Dans certains cas, une propriété du « tout » se transfert aux « parties » (1), dans d’autres non (2). Dans certains cas, une propriété des « parties » se transfert au « tout » (3), mais pas dans d’autres (4). Attendez… partez pas… je donne des exemples… :

  • (1) « Mon menu Maxi Best Of est comestible » donc « la viande de mon hamburger est comestible »
  • (2) « Les frites de mon Maxi Best Of ne sont pas comestibles (elles sont tombées par terre et c’est le passage qui va aux toilettes) » ne veut pas dire que l’ensemble du Maxi Best Of est devenu non comestible.
  • (3) « Le menu Maxi Best Of n’est pas un menu Vegan » pourtant seul le steak provient du monde animal (oui je sais la mayonnaise aussi, mais elle ne fait pas forcément partie du menu!)
  • (4) « Je suis un régime sans Gluten donc je ne peux rien manger du menu Maxi Best Of » c’est faux je peux manger la viande, la salade, les oignons, les frites (et la mayonnaise s’il y en a).

Donc pour pouvoir utiliser les « parties » pour justifier le « tout » ou, le « tout » pour justifier les « parties », il faut que les propriétés de l’un comme de l’autre soient « absolues » et « indépendantes de la structure ». Attendez… partez pas… j’explique :

                Absolues

En gros, c’est ce qui n’est pas discutable, comme les propriétés physiques d’un objet. Par exemple : « le steak du Maxi Best Of c’est de la viande ». Dire « le steak du Maxi Best Of est un gloubi-boulga de tendon, peau et déchets animal » c’est discutable.

                Indépendantes de la structure

Ça veut dire que même si cet objet est incorporé dans une structure, il ne change pas de nature. « Le steak du hamburger reste de la viande même s’il fait partie d’un « tout » plus vaste ».

Alors qu’est-ce que je peux faire avec tous ces exemples ?

Je peux donc dire : « Le menu Maxi Best Of n’est pas un menu Vegan » ou « qu’un Vegan ne peut pas manger un Maxi Best Of » cela fonctionne dans les deux sens car les propriétés du steak sont « absolues et indépendantes ».

Je peux dire : « Mon menu Maxi Best Of est comestible donc la viande de hamburger est comestible » mais, ce n’est pas parce que la viande de mon hamburger est comestible, que l’ensemble de mon menu l’est également. La propriété « comestible » s’applique à une sous partie de la structure et non à son ensemble.

Sophisme de clôture

Quand un débat est fini il … n’est pas fini. En effet, il convient de savoir :

  • qui l’a remporté et qui doit abandonner sa position,
  • qui doit accepter la position de l’autre,
  • qui peut modifier sa position,

Parce que le système n’est pas binaire, un protagoniste peut avoir tort sans pour autant que l’autre ai raison !

Ex :         J’avance des arguments en faveur de la terre plate et vous, vous me dites que vous ne croyez pas que la terre est plate. Vous n’êtes pas tenu au fait de reconnaître que la terre est plate si vous ne parvenez pas à me prouver qu’elle est ronde. Et vous pouvez maintenir vos doutes tant que je ne parviens pas à vous convaincre. (Dans la mesure ou votre position consiste uniquement à une mise en doute de ma position, vous n’êtes pas tenu de me prouver quoi que ce soit)

Photo de Francisco Moreno sur Unsplash

Et si je ne parviens pas à avancer d’argument décisif pour vous faire changer d’avis je dois retirer mon point de vue.

En même temps vous ne pouvez pas me forcer à adhérer à votre point de vue. Car vous n’avez rien prouvé. Et, bien que je doive retirer mon point de vue, je ne suis pas obligé à me rallier au votre.

Héhé !!! passionnant tout ça non ? Et c’est pas fini !

Ne pas être convaincu alors que la preuve est faite !

                Si je ne suis pas obligé de me rallier à votre point de vue, c’est simplement parce que les points de départ de notre débat (cf ici) peuvent être des concessions faites pour pouvoir avoir cet échange intellectuel. Donc ce qui a été démontré, c’est juste qu’en partant de ces concessions, je ne peux pas vous prouver que la terre est plate.

                Mais aussi, il se peut que la terre ne soit ni plate ni ronde et que ce soit la raison de mon échec à vous le démontrer. Et du coup, se rallier à la position de quelqu’un qui postule le caractère sphérique de la terre me ferait persister dans l’erreur.

                Pour conclure : si l’un affirme et que l’autre doute, le premier peut ne jamais se ranger à l’avis du second et le second peut douter éternellement sans qu’il y ai sophisme.

Argumentum ad ignorantiam

C’est l’erreur d’argumentation qui consiste à soutenir qu’il n’y a que deux options contradictoires à une situation, et que si l’une n’a pas été prouvée, c’est l’autre qui est valide. Dès lors qu’il peut y avoir une gradation dans une réponse nous ne pouvons la réduire à un choix binaire.

Ex : Vous travaillez à la SNCF et vous êtes le contrôleur d’un poste d’aiguillage. Un train arrive sur l’aiguillage. Ce dernier est en position tout droit, or sur cette voie il y a une équipe de 5 ouvriers qui travaillent (laisser l’aiguillage tel quel provoquera la mort de ces 5 personnes). Vous avez la possibilité de modifier l’aiguillage vers une voie où travaillent un ouvrier (donc si vous actionnez l’aiguillage il y aura un seul tué). Que choisissez-vous ? Laisser l’aiguillage tel quel ou le modifier ?

Dire qu’il n’y a que deux choix et une erreur. Il y en a une troisième qui consiste « à ne pas choisir ».

L’argumentum ad ignorantiam est par exemple utilisé en débat. C’est le cas lorsqu’un protagoniste se positionne fermement sur un sujet où il sait qu’il aura la faveur de l’opinion public. Ce faisant il laisse supposer que son adversaire est partisan de la thèse adverse. En réalité, il peut partager la même ou avoir un point de vue plus nuancé.

Sophisme d’usage du langage

Dès lors qu’un point de vue est formulé de manière peu clair, il risque d’y avoir un problème d’argumentation. Ce peut être suite à des mots ou des formulations ambiguës. Mais aussi à cause de mot que chacun interprète de manière différente. (voici un exemple : certaines personnes estiment que tromper son conjoint, c’est avoir une relation extraconjugale, d’autres estiment que tromper son conjoint, c’est penser à quelqu’un d’autre pendant une relation avec son conjoint)

Pour parer ce sophisme, il faut que les deux parties utilisent des formulations les plus clairs possible. Et que si une des deux parties demandent un éclaircissement, l’autre lui accorde.

Si l’une des deux parties formule volontairement son propos de manière peu clair, il commet un sophisme d’obscurité.

Pour résumer, une erreur de formulation n’invalide pas l’argumentation contrairement à une formulation flou volontaire.

J’espère que cette série d’article sur les sophismes vous aura plus. Si des questions demeurent, faites les moi connaitre dans les commentaires…

Pierre-Favre Bocquet

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4 commentaires pour “Les sophismes 3/3

  1. Ouhlala ! Ca se corse ! Le pire, c’est quand on discute avec quelqu’un qu’on connaît très bien et qu’on sait (l’un comme l’autre!) ce que cette personne va répondre avant qu’elle le dise ! Finalement, dans le groupe d’amis que je fréquente, nous avons choisi de déclarer “vainqueur” celui ou celle qui fait le plus joli le jeu de mots ou la meilleure vanne. On s’aime, depuis longtemps. Rien à prouver les uns aux autres. Donc, on se marre…

    1. Ça se corse! Oui complètement, et j’ai essayé de simplifier ce qu’il y a dans “La nouvelle dialectique”. Pour tout te dire “La rhétorique” d’Aristote et plus simple à comprendre :-D. En tout cas c’était un beau travail que d’étudier ce livre.
      C’est une belle façon de manifester notre amitié à ceux qu’on apprécie 😉

  2. Merci vraiment pour tous tes articles. Je les lis à chaque fois avec beaucoup d’intérêt ! Je crois aussi que grâce à cet article, je commence à comprendre pourquoi les zététiciens m’agace autant. Du fait qu’ils sont en permanence dans le doute, ils n’apportent aucun argument pouvant faire que je sois d’accord avec leurs propos. C’est vraiment très intéressant de l’analyser comme ça.

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