Qui veut s’imposer sans écraser ?

Pour peu que l’on soit honnête et que l’on ait quelqu’un à guider (enfants, collaborateurs, camarades, …) se pose la question de savoir s’imposer sans écraser.

S’imposer parce qu’il est légitime d’émettre un choix qui va concerner autrui. Sans écraser, parce qu’autrui étant un être humain, il convient de le respecter. Seulement voilà, si un lien hiérarchique est établi, il est juste et normal de disposer, dans la mesure du « contrat » (tacite ou non), de l’emploi du temps de l’autre.

Savoir s’imposer sans s’écraser porte un nom qui est « l’assertivité ». Il est parfois résumé en l’expression suivante « Ni paillasson, ni hérisson ».

  1. Savoir dire « non »

Bien souvent il nous est difficile de refuser une demande, que ce soit pour éviter un conflit ou ne pas décevoir. En fonction de cette demande, notre acceptation peut avoir différentes implications pour nous, et là où cela devient problématique, c’est lorsque ces conséquences provoquent en nous colère, tristesse ou frustration.

Au sujet d’un éventuel conflit ou d’une éventuelle déception, une pensée peut vous rassurer : vous n’êtes pas le centre du monde, pas plus que vous n’êtes un super-héros ayant vocation à résoudre les problèmes des autres. Il y a un effet que l’on nomme « l’effet projecteur ». Cet effet consiste à croire que les gens nous prêtent plus d’attention qu’ils ne nous prêtent réellement. Autrement dit, soyons zen, nous n’allons pas recevoir un cageot de tomate dans la figure si nous disons « non ».

Le tout, c’est de savoir le dire sans agressivité, mépris ou arrogance. Autrement dit, un refus peut être exprimé avec bienveillance.

  1. L’intérêt de l’assertivité

Le premier que j’y vois, c’est de se respecter soi-même. C’est une condition indispensable pour tenir dans la durée. Et surtout, c’est s’accorder (se reconnaître) de la valeur. J’aime l’adage « Charité bien ordonnée commence par soi-même », d’aucun y verront un éloge à l’égoïsme, loin s’en faut ! C’est le triomphe du bon sens.

Ensuite, en étant assertif nous faisons plus rapidement comprendre où sont nos limites, ce qui est négociable et ce qui ne l’est pas. Et croyez-le ou non, les gens aiment savoir à quoi s’en tenir aux sujets des autres, ils aiment la prévisibilité. Il est plus simple de poser un cadre dès le début et s’y tenir, plutôt que laisser les choses se faire et devoir manifester un désaccord par la suite. Autrement dit « Si c’est difficile maintenant, ça le sera encore plus après ». Alors si vous voulez améliorer vos relations, j’ai un conseil pour vous « Soyez assertif ! »

A trop dire « oui » à des choses que nous ne voulons ou ne pouvons pas, nous augmentons stress et même risques de soucis de santé.

Un dernier intérêt que j’y vois, c’est l’effet bénéfique sur autrui. La bienveillance et la franchise vont contribuer au bien-être de votre interlocuteur et donc à son accomplissement personnel ainsi que celui de la tâche que vous lui avez confié. Un être humain à tendance à reproduire les schémas qu’il vit lui-même. Alors cercle vertueux ou cercle vicieux, si vous êtes en situation de « pouvoir » il vous appartient de l’initier.

  • S’imposer

Pour commencer, il convient de savoir ce qui compte pour vous ou non. Vouloir s’imposer sur de l’accessoire, c’est retirer inutilement un espace de liberté. Permettre à celui que vous guidez de prendre des décisions qui ne vous contraignent pas, améliore son niveau de satisfaction et son besoin d’affirmation.

Quelques exemples :  si plusieurs trajets équivalents sont possibles pour emmener vos enfants à l’école, pourquoi ne pas les laisser choisir ?

Si vous prévoyez de refaire les peintures des open-space, pourquoi ne pas laisser le personnel choisir la couleur ?

Idem pour le menu du repas lors d’une journée cohésion entre camarades.

Avoir en tête vos motivations, vos craintes, vos besoins, vos émotions, … vous aideras à discerner le futile de l’essentiel. Et concentrez-vous dessus!

  1. Les limites

Inutile de demander l’impossible, je pense que l’on est d’accord. Celui qui reçoit la tâche doit avoir les compétences, le temps et les moyens de l’effectuer.

Quelles peuvent-être les limites? Les règlements, normes, lois, convenances, beaucoup d’éléments entrent en jeu et globalement tout le monde sera d’accord qu’il faille les respecter; ceci-dit … ne soyons pas hypocrite, je ne suis pas exemplaire alors je ne vous dirais pas ce que vous devez faire ou pas faire.

Un autre type de limites est atteint lorsque la satisfaction de certains besoins est empêchée. Que ce soient les vôtres ou ceux des autres. Aux rangs desquels se trouvent les besoins de respect, de repos, de reconnaissance, …

Un mot sur le respect, il va dans plusieurs sens. Il y a le respect de l’autre (je te respecte), de soi (je me respecte) et de l’autre envers soi (respecte-moi).

  1. Refuser n’empêche pas d’écouter avec attention

Je parlais plus haut de poser un cadre le plus tôt possible. Le poser ne veut pas dire devoir parler en premier et le poser. Comme dans toute relation avec un humain, il est capital de savoir faire preuve d’écoute.

Ecouter ne veut pas dire proposer une oreille inattentive. Ecouter veut dire entendre les mots de l’autre, comprendre ce qu’il a voulu dire et accepter qu’il puisse penser ce qu’il pense. Nous pouvons bien sûr ne pas être d’accord mais reconnaissons que ce qui se passe dans sa tête lui appartient. Une fois que l’autre s’est exprimé, dire simplement et humainement quelle est notre position, et s’y tenir. Il n’est pas nécessaire de réagir au propos de l’autre ou de le contredire, ce serait parfois ouvrir inutilement une discussion ou un débat.

Quelques astuces pour manifester à l’interlocuteur que son propos a été entendu. Avant de donner votre réponse dites quelque chose du genre : « J’ai bien entendu ce que tu me dis, … » ou alors « Dont acte … » ou encore reformulez son propos et enchaînez sur votre position. Le tout avec respect et bienveillance.

Vous pouvez bien sûr expliquer votre position, ce qui facilite l’acceptation de votre décision, rappelez-vous, un humain a un besoin viscéral de comprendre. Expliquer sans tomber dans la justification, vous n’avez pas à donner de preuve sur les informations que vous donnez, vous avez juste à exprimer quelques raison qui vous semble suffisante. Si elles ne sont pas suffisantes pour votre interlocuteur ce n’est pas grave, vous pouvez vivre avec ça.

Il y a un point commun que j’ai repéré chez toutes les personnes à responsabilité : c’est leur capacité à accepter les insatisfactions. Une fois que les choses sont dites et expliquées, il suffit de les assumer. Petite anecdote d’une réponse qui m’a marqué : un jour, alors que je discutais avec un de mes responsables, et que je lui faisais par de ma désapprobation au sujet d’une décision qu’il a prise, il m’a répondu « Tu sais Pierre, j’ai les épaules pour supporter ton mécontentement ».

  1. Angoisse, déception, colère

Est-ce que ces trois mots vous inspirent ? Est-ce que vous voulez vivre ses émotions ? A priori non.

Ces trois émotions vont venir vous habiter en cas de stress. La première chose à faire pour les évacuer, c’est de prendre le temps de les reconnaître, de savoir pourquoi elles sont venues et de les nommer.

Ça parait bête à faire et pourtant ça fonctionne. Le prochain jour où vous avez un peu de stress, ou vous ne vous sentez pas « dans votre assiette », prenez trente secondes pour vous et posez-vous la question « D’où ça vient ? ». Une fois que vous avez identifié le problème, posez-vous la question « Est-ce que je peux modifier la cause du problème ? ». Pour ça, il peut suffire d’en parler à quelqu’un, ou de faire la chose que l’on aurait dû faire, ou de défaire celle que l’on a fait et que l’on n’aurait pas dû.

  • La bonne formulation

Soyez factuel. Allez directement au cœur de la question sans tergiversation inutile. Pour donner du poids à vos paroles soyez clairs et concis, fuyez les sous-entendus et les formulations verbeuses.

Si les faits que vous avancez sont précis (dans leur nombre, leur durée, leur qualité, …) et objectifs (pas de supposition donc), dépourvus de jugements de valeur et d’opinion personnelle, votre discours ne présentera pas d’aspérité sur lesquels pourra s’accrocher facilement votre interlocuteur.

N’oubliez pas que même si vous, vous vous appliquez à faire preuve d’assertivité, l’objectif de l’autre peut être tout autre.

Restez calme. Plus facile à dire qu’à faire c’est sûr! Pour autant, c’est ce qui permettra de fluidifier la conversation et faire chuter les tensions.

Je vous propose un petit exercice pour vous apprendre à rester calme dans une situation tendue. A la prochaine discussion amicale avec laquelle vous êtes en désaccord : écoutez votre interlocuteur sans l’interrompre, sans préparer mentalement votre réponse, sans chercher une question pour le piéger. Et lorsqu’ il a fini de parler reformulez ses propos ou ne dites rien. C’est tout, vous verrez que vous n’en sortez pas amoindris et que vous savez rester calme face à l’adversité. Faites cela plusieurs fois et vous finirez par avoir l’esprit clair lors de discussion avec des désaccords profonds. Et comme vous aurez l’esprit clair, vous garderez votre calme!

Merci de m’avoir lu.

Pierre-Favre Bocquet

 

 

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