La parole c’est une force

Nous avons tous la faculté de nous exprimer par la parole. Quand j’étais ado, j’écoutais du rap, je me rappelle des paroles du groupe Sniper “la parole est une arme dont on s’rend pas compte d’la portée”. Cette phrase m’a marquée. Plus tard j’ai lu et j’ai beaucoup aimé le livre de Maître Périer “La parole est un sport de combat”. Bref, la parole est une force. La parole, c’est aussi un des premiers discriminants, après l’apparence physique et la tenue vestimentaire.

Il existe une blague du genre « elle a l’air intelligente, mais dès qu’elle ouvre la bouche, elle n’en a plus que l’air » (je ne m’en rappelle plus exactement. Si quelqu’un la connait, je veux bien qu’il me la rappelle dans les commentaires).

Photo de Charles sur Unsplash

La parole sert d’étalon

La parole va vous discréditer ou vous survaloriser. Elle s’apprend et elle vous servira dès que vous aurez à vous « vendre ». Que ce soit un entretien d’embauche, l’oral d’un examen, ou simplement lors d’une rencontre avec des personnes que vous considérez plus éduqués que vous.

La parole vous permet de « faire bonne figure ». Lorsque vous vous sentez dépassé par votre interlocuteur : soignez votre élocution, élevez d’un cran le niveau de formulation (juste ce qu’il faut pour ne pas paraître prétentieux) et laissez parler la personne. Vous verrez la personne vous prendre plus au sérieux, manifester moins d’arrogance et vous prêter plus d’attention ainsi qu’à ce que vous dites. Alors qu’à y regarder de près, dans cette situation, vous n’avez pas fait grand-chose. En plus, comme les gens préfèrent généralement parler d’eux qu’écouter, il suffit d’une question sur un de leur domaine de prédilection pour qu’ils se sentent valorisés et pour qu’ils puissent par là même vous enseigner bien des choses.

Ecouter dans le but de convaincre

Si votre but est de convaincre, il vous faut déjà être perçu comme agréable. Car l’être humain ne peut se résoudre à accepter l’argumentaire de quelqu’un qu’il exècre, dans la mesure où l’accepter serait dans une certaine mesure accepter en soi, une partie de l’autre. Globalement, celui qui appréciera le plus une discussion, c’est celui des interlocuteurs dont l’estime de soi aura été nourri.

Si, à la fin d’une discussion, votre interlocuteur a le sentiment d’être la personne la plus intéressante que vous avez eu l’occasion de rencontrer, vous êtes sur la bonne voie. Pour atteindre cet objectif, je vous donnerai trois conseils : soyez humble, soyez enthousiaste, soyez curieux. De vous on s’en fou, c’est l’autre qui compte ! Vous on verra plus tard, dites-vous bien que « tout le monde a quelque chose à vous apprendre ». On ne s’arrête jamais d’apprendre.

A ce stade de mon article je tiens à faire mon Mea Culpa, il m’arrive moi aussi d’avoir besoin d’être valorisé et du coup de parler de moi ou ne pas écouter l’autre. Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Mais l’envie d’apprendre, de comprendre est bien là.

Le jugement de l’autre

De toutes façons, dès votre première apparition, vous êtes jugé, et lorsque vous commencez à vous exprimer vous grillez votre deuxième cartouche. Les gens jugent sur les apparences avant de juger sur le fond. C’est plus simple, plus rapide, plus économique.

Bien savoir parler n’implique pas de toujours bien parler, à l’inverse, ne savoir que mal parler, c’est se condamner à une image de médiocrité et à manquer des opportunités.  C’est comme être intelligent, « si tu es intelligent, tu peux faire l’idiot, si tu es idiot, tu ne peux pas faire l’intelligent ». Ce sont les mots de mon père quand, étant enfant, je faisais l’idiot au lieu de travailler…

Le choix des mots, dans leur niveau (familier, courant ou soutenu), indique d’emblée à votre interlocuteur votre position social. Et croyez moi, cette règle souffre un grand nombre d’exceptions. Vous pouvez faire partie de ces exceptions. Il vous suffit pour cela de vous familiariser avec un certain langage, par la lecture par exemple. Peut-être vous tromperez-vous dans les premières utilisations que vous en ferez, mais, de vous à moi, bien peu seront à même de vous le faire savoir 😉. Et quand un jour, car cela t’arrivera, vous passerez pour un idiot, parce que le destinataire de votre message connait mieux que vous les subtilités de la langue française, je vous dirai « profite de la leçon, tu n’es pas le plus intelligent dans la pièce où tu es, donc tu es dans la bonne pièce ».

La discrimination par la parole

Les « grands de ce monde » ne s’y trompe pas. Apprenez à parler et vous trouverez votre place dans la société.

J’en veux pour preuve la réforme du bac et l’arrivée de son grand oral. Je reprendrai les mots de Jean Zay « L’écolier apprend à lire, à écrire, à compter, à raisonner, non à parler. Or c’est en parlant […] qu’il lui faudra presque toujours défendre ses intérêts, soutenir sa pensée, convaincre ses interlocuteurs. »

J’en veux également pour preuve le concours « Eloquentia », mené part l’avocat et professeur d’art oratoire Bertrand Périer, qui vise chaque année à élire le « meilleur orateur du 93 ». Je reprends ses mots « Savoir choisir les mots justes, les bons mots, ceux qui émeuvent, ceux qui persuadent, ceux qui marquent, c’est avoir une longueur d’avance ».

Photo de Charles sur Unsplash

Allez-vous vous laisser écraser pour une histoire de vocabulaire ?

La parole pour exprimer la pensée

La parole permet d’extérioriser ce que nous avons en nous. Elle manifeste au monde extérieur notre conscience. C’est une des caractéristiques qui nous sépare des autres mammifères, c’est la manifestation de notre capacité d’abstraction.

Vous me voyez sans doute venir : si la parole nous distingue des animaux, moins je la possède plus je leur suis proche. A l’inverse, plus je la maîtrise plus je témoigne de mon humanité.

A ce stade de ma réflexion je me pose la question suivante : Ne pas posséder un vocabulaire riche nous fait-il être plus proche des animaux ?

Si les mots sont nécessaires à la création de la pensée, je suis effectivement plus proche d’eux quand je ne les possède pas. Si la pensée n’a pas besoin des mots, je peux être un Homme au même titre qu’un érudit, alors que je ne possède pas de culture littéraire.

Pour ma part je penche pour la deuxième hypothèse (Ne vous gênez pas pour me contredire dans les commentaires).

Trêves de philosophie. Le choix des mots vous permet donc de préciser votre pensée. Donc plus vous serez à même de l’énoncer justement à autrui, plus vous ouvrez la voie à sa compréhension et potentiellement à son adhésion. Donc à la possibilité de le convaincre.

L’énoncer justement à autrui, c’est à la fois « exprimer votre juste ressentis » et c’est aussi « choisir les mots qui feront naître chez l’autre votre ressentis ».

Merci de m’avoir lu.

Pierre-Favre Bocquet

 

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