Donner du sens pour donner envie d’apprendre

J’étais l’élève préféré… quand j’étais absent.

J’ai un souvenir tout particulier de ma prof d’Allemand en 4ème, qui a rarement dû avoir un élève aussi c… . Je revois sa tête ronde, ses yeux me fixant, mi-intéressée, mi en colère, et prononcer un mot qui m’amuse « gesagt »…” Si j’ai été son cauchemar c’est parce qu’elle n’a jamais su donner du sens pour donner envie d’apprendre.

Cet article participe à l’événement inter-blogueurs «Surmonter les blocages et obstacles d’un apprentissage » du blog grandirenlangues.com. Ce blog aide les lecteurs à changer leur vision des langues et les encourage dans leur apprentissage au quotidien, en donnant des astuces et réflexions pour grandir avec les langues. Voilà un exemple d’article qui m’a particulièrement plus : ici

Mon expérience

Pour partir d’une expérience personnelle, je dirai qu’en milieu scolaire ce qui m’a le plus freiné, c’est l’absence de sens. L’objet de cet article n’est pas de nier les efforts que j’aurai pu, ou que j’aurai dû, faire, mais plutôt de partager un point de réflexion avec ceux qui sont en charge d’enseigner.

Photo by Shubham Sharan on Unsplash

Le blog qui organise ce carnaval d’articles parle des langues et de l’apprentissage. Mon expérience avec les langues a été désastreuse, d’abord avec l’Anglais, en 6ème je crois, puis avec le latin, pour poursuivre avec l’Espagnol, et ensuite, en redoublant ma classe de 4ème, j’ai été obligé de faire Allemand. De toutes ces langues, il n’y en a aucune que je ne comprends ni même que je parle ; pour chacune d’entre elles, ma performance doit être de savoir compter jusqu’à 10…

Espagnole : La langue de Cervantès est la seul que j’ai voulu apprendre, j’étais d’ailleurs très motivé.

Latin : Au sujet du latin, je ne comprenais pas ce que pourrais m’apporter une langue morte (avec le recul c’est une erreur!).

Allemand : En réaction à l’obligation qui m’était faite d’apprendre la langue germanique, j’ai mis un point d’honneur à n’en pas apprendre un mot.

Anglais : Et pour ce qui est de la langue de Shakespeare, je n’ai jamais eu la motivation.

J’ai envie de dire « les pauvres profs ! » d’autant que pour certains, je leur ai mené la vie dur…

Donner du sens

Pour en revenir au sujet de l’article, « surmonter les blocages et obstacles d’un apprentissage », je crois qu’il aurait été efficace de me faire toucher du doigt l’intérêt de maîtriser une langue. Ne pas se contenter de dire ces phrases de base que tout le monde a entendu moult et moult fois : « L’anglais, c’est la langue des échanges internationaux », « si tu veux voyager, tu auras besoin de parler une autre langue », … Je crois que dans ma tête, il se produisait des réponses du type « Mais je m’en tape moi ! Les échanges internationaux ça ne m’intéresse pas ! », « Voyager ! Pourquoi faire ? On verra plus tard. » …

Tous ces arguments sont aussi volatiles qu’innocents. Mais voilà, ce qui compte ce n’est pas la validité de l’argument, ce qui compte, c’est que l’enfant ai envie d’apprendre. Alors donner du sens pour donner envie d’apprendre prend tout son sens. Et dans le cadre des langues, donner du sens, c’est faire ressentir un besoin, un intérêt, là tout de suite maintenant, de comprendre le texte ou alors de rendre le cours attrayant, ludique peut être. Je pense qu’il faut savoir enthousiasmer les enfants, trouver ce qui va les émerveiller.

  • Se prendre au jeu !

J’ai un souvenir tout particulier de ma prof d’Allemand en 4ème, qui a rarement dû avoir un élève aussi c… . En repensant à elle des souvenirs me reviennent : Je revois sa tête ronde, ses yeux me fixant, mi-intéressée mi en colère, et prononcer un mot qui m’amuse « gesagt ». A l’instant, je viens d’aller voir ce que veut dire « gesagt », si j’en crois reverso, ça signifie : « dis », un second souvenir et mes mains ont filé sur le clavier pour chercher « was machst du ? » Le souvenir de cette prof a réveillé en moi des souvenirs de la langue, et j’ai retrouvé deux phrases en allemand « Was machst du ? » et « was hast du gesagt ? ». Elle a dû les dire des dizaines de fois, des centaines peut être… Je me foutais de sa gueule. Mais qu’aurait-elle pu faire de plus pour m’en apprendre davantage ?

Je me demande si, au lieu de m’apprendre ces textes dont ni les sujets, ni la formes ne m’intéressaient, elle m’avait appris ces phrases impertinentes que je lui sortais, pour ensuite me répondre en allemand. Est-ce que ça n’aurait pas été une motivation à comprendre son propos et à surenchérir ? Avec une règle du jeu bien sûr qui imposerait une réponse en allemand.

Impliquer !

Si j’avais eu un intérêt direct à comprendre la phrase, peut être une phrase amusante dans la forme, dans le sens ou dans la phonétique, je me serais peut-être plus investi. Je me rappelle du cours où elle nous a parlé du mot le plus long de la langue allemande (enfin je crois qu’il n’y en a pas vraiment mais elle nous l’avait présenté comme tel) « Donaudampfschifffahrtsgesellschaftskapitaenswitwe » c’était rigolo ça ! Ça parle d’un capitaine et d’un bateau à vapeur, ça ne sert à rien, c’est ridicule, mais j’aime bien.

Au lieu de nous parler de je ne sais plus quel personnage du livre de cours qui vont manger des « Berliner » et des « Kartoffelsalat », elle aurait peut-être pu nous apprendre des trucs rigolos. Je ne sais pas moi, des anecdotes, des blagues, … On est enfermé avec elle dans une classe autant jouer, s’y amuser ! Je me doute bien que ce n’est pas évident, mais c’est elle qui a voulu être prof, pas moi. Moi j’ai été animateur de formation ! Pas juste formateur, je devais ANIMER, rendre vivant ! C’est sûr que dans mes « cours » c’était parfois le bazar, mais on est là pour apprendre des choses et les retenir, pas pour s’ennuyer assis sur une chaise.

Photo par Ben White sur Unsplash
  • Donner envie d’apprendre

J’en reviens au mot « animer », je viens d’aller demander à google son étymologie : Du latin animare (« donner de la vie »), de anima (« souffle, vie »). Eh bien voilà ! Insuffle la vie ! Donne envie ! Sois actif, bouscule tes élèves pour les réveiller. Bouge pour ne pas les endormir. Surprends les par des incongruités, des anecdotes, des histoires …

Avec le recul et les années que j’ai passé à enseigner, je me rend compte que forcer quelqu’un à apprendre est une démarche vaine autant qu’épuisante. En procédant de la sorte, nous fournissons des efforts qui vont être gaspillé! Alors, je pense préférable de consommer cette énergie en amont et réussir à donner du sens pour donner envie d’apprendre.

Et vous, qu’en pensez vous?

 

 

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13 commentaires pour “Donner du sens pour donner envie d’apprendre

  1. J’adooooore cet article ! Mais oui bien-sûr il faut rendre vivant les cours ! Déjà j’ai du mal à concevoir un cours assise derrière le bureau (tu l’as compris, je suis prof, et prof d’allemand qui plus est 😂). Et bien-sûr il faut intéresser et donner du sens : même un cours de grammaire peut être ludique et il le faut d’ailleurs, sinon ce sera difficile à faire rentrer. Créer du lien entre les choses, les mots, les notions grammaticales, expliquer pourquoi on utilise qqch dans un cas et autre chose dans un autre etc… Bref des pistes il y en a à la pelle… Mais donner du sens et créer du lien cest déjà la base! Je n’ai plus qu’à te donner un conseil, apprends une langue 😉 maintenant que tu es adulte !

    1. MERCI 🙂 J’ai vraiment envie de savoir parler une autre langue, reste a avoir l’envie de l’apprendre 😉 et je crois qu’elle commence à venir…

    1. Yep! il me semble aussi 😉 ça m’est même arrivé d’essayer de faire de l’humour en formation, en que ça fasse un gros bide 😀 c’est drôle après coup ça ! 😀

  2. La seule vrai façon d’apprendre une langue est d’être amené (avec ou même sans motivation – bien qu’avec soit évidemment plus efficace) à interagir avec un natif de façon régulière … Notre système éducatif ne permet pas cela actuellement malgré toute la bonne volonté des profs. Tu dis que tu étais très motivé par l’apprentissage de l’espagnol. Parles-tu espagnol mieux que les autres langues que tu cites ?

  3. Je crois que le problème principal vient du fait que, d’un côté, les classes sont nombreuses, et de l’autre, les élèves ne choisissent pas ce qu’ils veulent apprendre (comme vous avec l’allemand). Les professeurs se retrouvent donc avec une trentaine d’élèves dont une bonne moitié qui s’en fichent complètement de la matière. Je crois que dans ces circonstances l’humour ne peut pas changer grand chose même si ça peut aider. Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas de solution globale mais personnalisée à chaque classe mais surtout à chaque élève.

    Par exemple, contrairement à vous, j’aimais ces cours où on décortiquait des textes pour en tirer la substance. J’ai adoré le latin, j’ai adoré comprendre cette langue qui n’était pas parlée. Je n’ai jamais été très attirée par les cours avec un prof qui faisaient des jeux et des blagues car j’aime aller en profondeur et pour cela j’ai besoin de silence et de concentration, pas de distraction.

    Bref, en attendant que le système évolue pour laisser plus de place aux élèves en faisant des classes plus petites et en leur laissant choisir ce qu’ils veulent apprendre, je fais l’instruction en famille avec mes enfants. C’est la solution que j’ai trouvé pour que mes enfants aient envie d’apprendre et que ce qu’ils apprennent ait de sens pour eux 🙂

    1. Un grand merci pour ce commentaire qui partage un point de vue différent du miens.
      Pour nos enfants aussi c’est l’instruction en famille. Cela nous semble beaucoup plus adapté et surtout adaptable à chacun des enfants.

  4. J’ai un souvenir dans ce genre là… Scolaire, of course.J’ai été nulle en maths jusqu’en seconde, juste en dessous de la moyenne, pas du tout envie de travailler, quel ennui d’aller tracer des abscisses et des ordonnées. En seconde, il y avait un tout jeune prof de maths, qui faisait, en dehors des cours, du théâtre avec nous. pendant les cours, il trouvait toujours un moyen d’illustrer son propose de façon rigolote. Ma moyenne a bondi aux alentours de 14. C’est d’ailleurs le seul prof dont je me souvienne, ou presque.

  5. Salut Pierre Favre,

    Je suis tout à fait d’accord avec ton articles !
    Et je rajouterai que cela fonctionne pour tous les âges, tous les lieux et environnements, bref à chaque fois que l’on veut apprendre quelque chose à quelqu’un quelque soit le contexte 🙂 (ça fait beaucoup de “quelque”).

    A bientôt.

    Enrik

  6. Merci beaucoup pour ton article ! Comme tu le sais j’ai appris 3 langues à l’école parce qu’on m’a dit que c’était important, que ce serait bien pour ma carrière, sans que je ne trouve aucun intérêt réel à ces cours. Au final, aujourd’hui je ne sais parler parfaitement aucune langue. Peut être que si j’avais trouvé du sens à l’apprentissage au moins de l’une d’entre elle, je saurais peut être aujourd’hui en parler une…

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