Argument valable 1/2

L’être humain est doué de raison.

Les Darwin Awards sont là pour nous faire douter, certes.

I. A quoi sert un argument

Reconnaissons tout de même que nous arrivons globalement à nous entendre.

Exemple

Ce peut-être, par exemple, à la caisse du supermarché, lors d’une file interminable d’au moins trois Caddies, quand nous exprimons à l’hominidé menaçant de passer devant nous, que nous tenons à notre place. Nous avons à ce moment un véritable choix à faire, nous sentons monter en nous même la hargne, celle d’un animal sauvage se faisant voler son repas, si durement acquis ! Est-ce que j’utilise ma force physique pour faire valoir mon droit, est-ce que j’obtempère, ravale ma fierté et cède la place ou bien est-ce que j’utilise ce bel organe dont est pourvu ma personne, celui qui me sert quotidiennement, mais rarement seul ! Celui qui maintes fois m’a avantagé et qui parfois m’a fait faux bond. Et si tel est le cas vais-je m’en servir avec fougue et virulence ou bien douceur et virtuosité…

dispute

La violence dont il peut être la source ne vaut elle pas, quelque part, celle que je peux faire de mes mains ? (Je souhaite, à ce stade de mon article, faire savoir au lecteur quelque peu désorienté, que dans un supermarché c’est bien la parole que nous utilisons pour entrer en communication avec nos semblables… tout le monde n’est pas eurodéputé… mais je m’égare).

Dans quel cas argumente-t-on?

Je souhaitais vous entretenir de ce prolongement de la parole qu’est l’argumentation. De cette capacité que nous avons à élaborer un raisonnement. Il peut être pour nous même ou pour les autres, que ce soit pour convaincre, influencer, ou vérifier la validité d’une hypothèse. L’argumentation peut être purement rhétorique, ou peut servir à (se) pousser à l’action.

L’argumentation est quasi quotidienne, nous en usons dans les tracas du quotidien, avec nos enfants, parents, amis ou conjoint. Nous en usons dans les relations professionnelles, avec nos collaborateurs, confrères, concurrents, clients et fournisseurs. Elle sert même entre Etats pour concilier les intérêts de chacun ou régler des différents. Bref que nous voulions que notre adolescent rentre avant minuit, que notre maitre d’œuvre livre le chantier en temps et en heure ou que Kim Jong-Un renonce à l’arme nucléaire, nous utilisons des arguments. Pas les mêmes, certes. Pour des enjeux incomparables, certes. Avec des oppositions sans commune mesure, certes ! Mais arguments quand même. Ils ont tous des points communs, et nous allons voir lesquels.

Les deux alternatives à l’argumentation

Dans tous les cas, comme explicité susditement, nous avons le choix de nous écraser. Aux risques de passer pour un faible, un lâche ou un indifférent. Alors que ça peut être faire preuve d’abnégation, de force morale, d’écoute et de respect ; et, ce qui peut déconcerter, c’est que ceux qui savent choisir leurs combats ne dépensent leur énergie qu’à bon escient, donc, s’ils vous laissent dire, c’est que la cause en question vaut moins que leur énergie…

Nous avons aussi le choix d’utiliser la force physique. Aux risques de passer pour un être vil et brutal, aux capacités cognitives réduites. Alors que ça peut être elle qui laissera le moins de blessures à long terme, j’en veux pour preuve les pressions psychologiques qui mènent leurs victimes au suicide. Ça peut être cette même force physique qui résoudra avec efficience, le problème. Mettant fin à d’odieux sentiments d’impunité. J’en veux pour preuve l’article 122-5 du code pénal, témoignant que le législateur a cru bon de devoir la légitimer. (Je crois qu’il y aurait beaucoup à dire sur la violence physique, que l’on a, peut- être trop souvent, tendance à frapper d’anathème. Si un article sur le sujet vous intéresse, dites-le moi dans les commentaires)

Dans ces deux cas c’est renoncer à défendre ses idées, ses valeurs, ses intérêts, … N’est-ce pas déjà se faire violence ? Et par extension, être victime de violence ?

De l’utilité de l’argumentation

Argumenter peut être une jouissance, individuelle ou collective. Individuel quand il s’agit de s’entendre, de se faire valoir et de briller dans le regard des autres. Collective lorsqu’il s’agit de flatter un auditoire, revigorer un public, enflammer des partisans ou plus modestement lorsque nous n’avons pas mieux à faire que sombrer dans la masturbation intellectuelle.

Nous, ceux qui aimons s’adonner aux joies de l’argumentation, pourrions être qualifiés de faible et de fragile. Car argumenter consiste à justifier une de nos opinions, j’y reviens plus loin, bien loin de l’assomption impassible que l’on est en droit d’attendre d’un Cicéron en herbe.

S’adonner à la rhétorique en public, c’est mettre à nu sa personnalité et s’exposer au regard d’autrui. Ceux-là même qui vous écoutent, jugeront de la pertinence de vos propos et de la qualité de votre personne.

Nous l’avons dit, l’argumentation peut être individuelle voir même égoïste. D’aucuns la comparerons à une activité stérile (et je me garderais bien la moindre allusion). Alors qu’elle est tout autre, bien féconde et mère de vérité. Elle a pour objet le désir. Le désir de la bonne action, celle que l’on aura pesée, souspesée et déposée. Déposée au fond de son être pour la faire sienne, maitresse de nous-même. Celle qui nous guide et nous conseille. Nous avons à cœur d’en éprouver la validité, nous l’interrogeons souvent, dans des choix cornéliens qui nous engagent. Nous, nous et nos proches, nous et nos obligés. Alors loin d’un plaisir hédoniste, elle est un passage nécessaire.

Objectifs

Et, comme cette argumentation peut être destinée à autrui, il faut en considérer deux objectifs. L’un étant « un simple changement » de perception intellectuelle, l’autre produisant un changement comportemental. J’aime autant vous dire que pour l’un comme pour l’autre, mais surtout pour le second, si c’était simple et rapide ça se saurait depuis longtemps. Foooooort loonnngtemps !

II. Ce que n’est pas un argument

Une opinion?

Un argument n’est pas une opinion. Ils ont pour point commun d’être des assertions. L’une est justifiée (l’argument), l’autre ne l’est pas (l’opinion).

Robert (le petit) nous enseigne qu’une opinion est une « attitude de l’esprit qui tient pour vrai une assertion ». Cette dernière peut provenir de faits tangibles, comme la réalité de nos expériences, entendez par là celles qui nous conduisent à penser que nous existons bel et bien. Ou peut provenir d’un ramassis d’idées reçues, pas forcément prouvées mais communément admises. Cette assertion peut porter sur des sujets importants, par hasard la vaccination, ou plus futile, a-t-on marché sur la lune par exemple (excusez du peu). Elle peut être absolument personnelle (les commentaires vous tendent les bras pour recueillir les affirmations qui vous sont toute personnelles !), ou bien relever d’une épistémè (« Ensemble des connaissances réglées, propres à un groupe social, à une époque » d’après le petit Robert), du genre les allemands de 39-45 sont tous des monstres. Donc, si vous prenez une de ces opinions et que vous la justifiez, vous en faites un argument. J’aime autant vous dire que si votre justification est bidon, je vais être le premier à sourire. Mais techniquement vous avez un argument.

Une explication?

Un argument n’est pas une explication. Robert dit qu’expliquer c’est « faire comprendre nettement, en développant ». L’argument va donc être plus concis.

Les parties d’un argument

Il y a une subtilité à entériner de suite, l’argument est constitué de prémisse et d’une conclusion MAIS il se peut qu’elles ne soient pas toutes explicitées. Un exemple : Quand un flic vous arrêtes et vous mets un PV. Malgré vos talents d’acteur, et une mise en scène où vous avez commencé par fermer votre gueule, puis tirer la gueule, pour ensuite ouvrir (grand) votre gueule et que vous êtes à deux doigts de lui casser la gueule, il se peut que vous vous ressaisissiez. Et que vous entrepreniez de lui faire comprendre que son quotient intellectuel laisse à désirer. Si ce n’est pas le cas du votre, vous allez plutôt vous garder d’exprimer la conclusion et le laisser la trouver lui-même… Quelque chose du genre « Vos supérieurs vous estiment à votre juste valeur puisqu’ils ne vous permettent pas d’estimer le risque à sa juste mesure… ».

Dans d’autres cas vous n’allez pas vous prendre la tête à exprimer une prémisse, que par défaut, tout le monde partage. Du genre : “Il y a un gamin qui tape les autres dans la cour de récré, aucun enfant n’aime se faire taper, il faut trouver une solution.” Je pense que le « aucun enfant n’aime se faire taper » vous pouvez l’omettre. Même avec un QI significativement sous la moyenne nous allons comprendre.

dispute enfant

Avec le flic il y a sous-entendu, avec le gamin il y a omission. Il peut y avoir aussi : provocations, question, humour, anecdotes, etc…

Autres exemples en vrac :

Provocations:

Vous voulez convaincre un ami d’aller fumer du cannabis dans le bureau du proviseur parce que les effets du stress plus du THC vont se combiner. « Viens avec moi dans le bureau du proviseur pendant la cantine, on va se couler une D, on va être bien , ça va déchirer sa race, et si tu ne le fais pas, c’est clair, que t’as pas de couilles. »

Questions:

Votre mère voulait que vous fassiez le ménage pendant qu’elle allait faire les courses. Bien sûr, vous ne l’avez pas fait, et elle vous demande de vous justifier : « Maman, en vrai j’voulais le faire. Mais j’ai un devoir lundi, et tu me dis toujours qu’il faut que je travaille. En vrai tu préfères quoi ? Que je fasse le ménage ou que j’ai mon bac ? Dis-moi !»

Humour:

Vous discutez au bistro avec un pote. « Sérieux, t’y crois que l’incendie de Notre Dame c’est accidentel ? Moi j’ai mis un mégot de cigarette dans un nid d’oiseau pour voir, bah il a pas brûlé ».

III. L’argument en lui même

C’est pour bientôt dans un autre article

Pierre-Favre Bocquet

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