S’entrainer à parler en public

Oser parler en public c’est bien, s’entraîner à parler en public c’est mieux. S’entraîner à parler en public, c’est rendre votre parole efficace. Et c’est justement parce que parler en public est une nécessité que s’entraîner n’est pas un luxe. Même si le temps vous manque, il faut trouver un créneau pour s’entraîner avant de prendre la parole.

Lorsque vous voyez ou entendez un beau discours, vous avez sans doute le sentiment que l’orateur a juste un don et que c’est facile pour lui. La plupart du temps, il n’en est rien. Ce qu’on ne voit pas ce sont les heures de pratique et d’entrainement qui ont eu lieu avant. Ce qu’on ne voit pas non plus, c’est le nombre de fois où l’orateur a échoué, a raté, a recommencé. Alors, vous aussi vous pouvez réussir !

Voyons comment :

Se préparer

Préparer sa voix

Accepter sa voix !

Notre voix nous accompagne et signe nos paroles. Le simple fait de l’entendre permet à nos proches de nous reconnaître. Et pourtant nous n’aimons pas l’entendre. Or il est important d’accepter le son de sa voix, car pour nous faire entendre du public, nous allons devoir la faire porter plus loin ! Et en parlant avec plus de volume, nous allons la percevoir plus fort. Parfois nous allons même nous entendre parler.

C’est d’ailleurs tout l’intérêt de préparer sa voix, car la première étape, c’est de l’accepter. Le chant peut être une première technique pour se décomplexer de sa tonalité et pour se familiariser avec elle. Vous n’êtes pas obligés de chanter juste ou de connaitre les paroles d’une chanson. Il suffit de fredonner un air, d’y ajouter des paroles (qu’elles aient du sens ou non peu importe) et puis de laisser porter votre voix. Si cet exercice vous semble délicat devant vos proches, réservez-le quand vous êtes seul en voiture par exemple, ou sous la douche.

L’exercice ultime est d’enregistrer sa voix puis de l’écouter. Si vous ne la reconnaissez pas et ne l’aimez pas, c’est normal. En effet notre voix nous semble plus grave qu’elle n’est en réalité car elle remonte à nos oreilles par une vibration dans l’os de notre mâchoire, et cette tonalité plus grave nous convient généralement mieux. Notez au passage qu’une voix plus grave, en plus d’être plus agréable, confère à son auteur un caractère plus compétent. Du coup l’entendre sur un support vous donne un aperçu de ce que les autres perçoivent de vous, et jusqu’à preuve du contraire, ils ne vous ont jamais jeté des pierres à cause de votre voix. Alors, savoir comment elle est, ne fait que vous donner une information sur vous-même sans diminuer votre valeur.

La diction

Pour améliorer votre diction, il n’y a rien de mieux que de s’entraîner à haute voix à prononcer des phrases tarabiscotées ou de lire de grands textes classiques.

Je ne résiste pas à vous proposer ce virelangue que j’affectionne « le fisc fixe et exige chaque taxe fixe et excessive exclusivement au luxe et à l’exquis ».

Les virelangues ne sont pas à prononcer à toute vitesse pour se mettre en échec. Le but est de réussir à les prononcer de manière distincte et de se délier la bouche.

Et pour faciliter davantage cette diction détendez les muscles de votre visage. Pour cela prenez le temps avant de parler de les tapoter. Si vous le pouvez rincez-vous le visage à l’eau fraîche. Prenez le temps de faire quelques grimaces. Il est aussi possible de faire quelques mouvements de la tête, avec les muscles des joues détendus, parfois en tirant la langue parfois en soufflant (un peu comme les chevaux 😉). Ah oui, et ne pas se prendre au sérieux permet aussi de se détendre et d’être plus efficace dans sa prise de parole en public.

Pour en savoir plus sur le sujet de la voix pour s’entraîner à parler en public, je vous recommande vivement le blog d’Emmanuel Jublin Votre voix au service de votre vie. Vous ne pourrez qu’y trouver la réponse à vos questions sur ce sujet. (Emmanuel si tu souhaites mettre des liens d’articles pertinents sur le sujet, les commentaires te tendent les bras !)

Préparer son sujet

Même une improvisation se prépare ! Alors s’entraîner à parler en public exige une préparation. En premier lieu, il est nécessaire d’identifier son public. C’est cette identification qui vous permettra de vous adapter. Tout être humain, particulièrement dans notre société occidentale du XXIème siècle, souhaite que l’on s’adapte à ses envies.

Prenons un exemple : si j’anime une formation qui s’intitulerait « Argumenter pour convaincre », je n’utiliserais pas la même approche si l’auditoire est Corporate ou s’il s’agit d’un groupe de militant. Et d’ailleurs, j’aurai déjà un problème avec l’intitulé de la formation car « argumenter » n’est que très peu adapté a un public de militant qui va davantage chercher à persuader.

Alors ne pas comprendre son public, ses attentes et ses motivations, c’est être sûr de rencontrer des difficultés de communication. C’est d’ailleurs pour cela qu’avant toute formation, je m’intéresse à ce que souhaite le décideur de la formation. De même qu’au début de la formation en elle-même, je demande à chacun de se présenter et de dire ce qui l’a motivé à venir à la formation et ce qu’il souhaite en obtenir.

Savoir ce que l’on va dire

Être bien préparé implique de connaitre son sujet. Ce sujet, ce peut être vous-même (dans le cas d’un entretien d’embauche par exemple), dans ce cas, c’est relativement simple puisque vous vous connaissez à peu près. Si le sujet est « votre expérience », il convient de rassembler ses idées et de les ordonner en fonction de s’il s’agit d’informer, de convaincre, de faire passer à l’action, de vendre, … Et s’il s’agit d’un nouveau sujet, il sera nécessaire de disposer du temps nécessaire pour l’étudier et ensuite d’organiser sa présentation (dans le cas d’un briefing demandé par votre supérieur hiérarchique par exemple).

Ensuite il vous reste à choisir le « degré d’improvisation » de la présentation :

Le plus cadré sera d’avoir rédigé mot à mot votre présentation, mais il sera plus difficile de rendre votre discours « vivant ». Et plus si un trou de mémoire survient la panique risque de vous envahir. Sauf à lire votre texte, mais à ce rythme là autant faire un compte rendu écrit (un peu comme les « conclusions » pour les avocats).

Le plus libre sera l’improvisation. Vous aurez une plus grande spontanéité et possibilité d’adaptation. Ceci dit il est beaucoup plus stressant.

Et, entre ces deux extrêmes, il y a différentes nuances où vous avez quelques notes qui vous serviront de fil conducteur et desquels vous partirez pour développer vos idées.

Quelque soit le « degré d’improvisation » choisi, votre introduction et votre conclusion doivent être particulièrement travaillées. A la fois pour bien démarrer et pour partir sur une « bonne note ».

Le secret de la bonne impression

Votre public est votre juge. La meilleure des solutions pour ne pas décevoir, c’est d’être modeste. Plus vous affichez des « Moi je… » et roulez des mécaniques, plus vous aurez de choses à prouver. Si vous voulez que la « barre soit haute », arrivez de manière arrogante ; si vous voulez dépasser les attentes, arrivez avec humilité.

Il y a deux choses que le public vous pardonnera difficilement : ne pas connaitre votre sujet et être ennuyeux.

La seule chose qui est sûr, c’est qu’être meilleur que prévu n’a jamais déçu personne. Ceci dit, n’attendez pas de validation de la part de votre public. C’est vous qui savez ce que vous avez à dire. Et attendre la reconnaissance de votre public, c’est vous mettre en dépendance vis-à-vis de lui. Et ça, ce n’est jamais bon.

S’exercer

Se préparer c’est normal, s’exercer c’est indispensable. Seul ou en groupe, avec une caméra ou un miroir, ce qui compte, c’est de faire un pas vers la pratique. Dans toutes les disciplines, il y a un moment pour « faire comme en vrai ». Pour s’entraîner à parler en public ça va être : endosser son costume d’orateur, se mettre en scène, visualiser son public et faire comme s’il était là.

En matière de prise de parole en public, plus il y a de pratique, plus il y a d’exercices mieux c’est. C’est à cette fin que je vous invite à passer à l’acte. Trois options sont possibles. Que ce soit pour vous entraîner à parler en public d’une manière générale, ou pour roder un discours. Ces trois options vous aiderons à améliorer votre performance.

S’exercer seul

Trouvez un endroit tranquille, votre chambre fera amplement l’affaire. Le mieux est de se filmer pour pouvoir mieux analyser sa prestation, avec votre téléphone ou une webcam ça sera très bien . Ou alors, mais c’est moins bien, mettez vous devant un miroir pour juger de la qualité de votre travail. Et puis… go !!!

S’exercer avec un public

L’étape suivante, c’est de se confronter à de vrai gens. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ne sont pas obligés d’être « consentants », vous n’êtes même pas obligés de leur présenter les règles du jeu ! Il vous suffit de lancer un sujet de conversation ou de débats, avec des amis, des collègues ou de la famille, et d’essayer de persuader, de convaincre, de réfuter, d’intéresser, … bref de mettre en pratique votre préparation.

Vous vous rendrez vite compte si vous êtes pénible, intéressant, choquant, efficace, blessant, enthousiasmant, … Cet exercice vous permettra une auto évaluation quant à la réalisation de vos objectifs. Mais le mieux ça reste le retour critique de personne qui vous ont écouté attentivement, d’où l’intérêt du troisième exercice…

S’exercer en groupe

Pour cela il est nécessaire d’être plusieurs personnes à vouloir exercer ses talents oratoires. Il faut être minimum deux bien entendu, cependant quatre ou cinq personnes c’est mieux.

Mode d’emploi :

  • Définissez une durée pour la séance,
  • Désignez un « maître du jeu » qui prend en charge l’organisation de la séance.
  • Sélectionnez des exercices (voir exemple plus bas),
  • Trouvez un volontaire (n’obligez personne, c’est contre-productif),
  • Le volontaire réalise l’exercice
  • Les observateurs font part de leur remarque
  • Le « Maître du jeu » synthétise le tout
  • Le volontaire recommence l’exercice pour mettre en application les conseils données

Exemples d’exercices pour s’entraîner à parler en public:

Le commissaire-priseur :

L’intérêt de l’exercice est de travailler sa capacité de persuasion, son imagination et son regard.

Le volontaire doit convaincre le public de lui acheter un objet (voiture, stylo, lampe de chevet, un entretien avec le pape, …)

Le but est que les auditeurs veuillent acheter l’objet en question.

Le discours politique :

L’intérêt de l’exercice est de travailler sa capacité à convaincre et persuader, et à adapter son style de parole.

Le volontaire se met dans la peau d’un représentant politique ou syndicale. Il annonce sa candidature, puis présente et défend son programme, de même que ce qui fait qu’il est la meilleure personne pour le mettre en œuvre.

Le discours doit être court, clair et efficace.

Le micro-trottoir :

L’intérêt est de travailler la concision de sa pensée.

Le volontaire est dans une manifestation (sur le bien être animal, l’interdiction du nucléaire, la défense des sans-papiers, la libéralisation du cannabis, …), un journaliste lui tend un micro. Le volontaire à 40 secondes chrono pour défendre sa cause.

La bataille :

Deux orateurs s’affrontent sur un sujet de société. L’un défend le pour l’autre le contre devant un public. Les deux orateurs sont côte à côte et parle au public en même temps sans « empiéter » sur l’espace du voisin. Le gagnant est celui qui parvient à capter l’attention du public.

Le bateau à la dérive :

L’intérêt de l’exercice est de travailler sa capacité à argumenter, à avoir de la répartie et à dire les choses avec simplicité et efficacité.

Il faut trois personnes, un capitaine et deux moussaillons. Parce qu’ils manquent de vivre, le capitaine doit jeter à la mer un des deux moussaillons. Chacun des deux moussaillons doit convaincre le capitaine de le garder lui. A la fin le capitaine choisit qui il garde et justifie son choix.

Pierre-Favre Bocquet

 

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7 commentaires pour “S’entrainer à parler en public

  1. J’aime beaucoup tes propositions d’exercices. Ça apporte une dimension ludique à l’entraînement et à la préparation orale. J’ai déjà tester l’exercice du “pitch” : en 1 minutes, êtes capable d’expliquer ce que je fais dans la vie en étant compréhensible de tous et en donnant envie. Pas évident mais chouette !

  2. Bonjour et merci pour cet article. Intéressant d’apprendre que je ne suis pas la seule à trouver ma voie « bizarre » quand je l’entends enregistrée. J’essaierai un ou deux exercices proposés.

  3. Bonjour !
    Merci pour ces exercices. Ce n’est pas non plus évident de contrôler sa diction. J’ai souvent tendance à m’emballer, à être trop enthousiaste et… À partir en live!
    Je me note tous ces exercices comme des Pépites !

  4. Génial les exercices que tu proposes ! Je vais les ajouter à ceux que j’ai piqué dans le livre “La parole est un sport de combat”, ça me changera un peu !
    Pour ce qui est de l’amélioration de la diction, tu conseilles le coup du stylo dans la bouche pour s’entraîner?

    1. Il y en a un qui vient du livre de Bertrand Périer 😉 je pouvais pas ne pas lui en emprunter un 😀
      Oui, avec une réserve quand même pour celui où l’on mets le crayon en travers, mieux vaut celui ou on tient le crayon par le bout.

  5. Hello ! l’exercice du micro-trottoir est sympa. Je note ! J’ai en effet beaucoup de mal à improviser et synthétique quand on m’interpelle sur un sujet. ça va m’être utile pour savoir aussi improviser en vidéo !

  6. Hello cher collègue

    C’est vraiment top d’avoir inséré un lien vers mon site dans ton article

    Tu as très bien couvert ce sujet dans ce diptyque d’articles

    S’entraîner avec envie, joie et détermination

    L’énergie physique et émotionnelle engendre celle qui vient du corps

    Pour avoir une voix qui inspire et impact autour de soi

    Je regarde les liens qui font écho à ton argile et je reviens vers toi

    À bientôt ✌️

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