7 arguments malhonnêtes que vous devriez connaitre

Certaines personnes usent d’arguments qui donnent l’illusion de la vérité. Vous voulez les repérer ? L’article est fait pour vous.

Il y a peu je lisais l’incontournable « L’art d’avoir toujours raison » de Schopenhauer. Dès le début de son ouvrage, il établit une distinction entre le fait d’avoir raison ou de chercher la vérité.

En voici un passage : « C’est parce que c’est dans la nature humaine que lorsque A et B sont engagés dans une réflexion commune [que] si A s’aperçoit que les pensées de B sur le même sujet ne sont pas les mêmes, (…) il ne reverra pas sa propre pensée pour vérifier s’il n’a pas fait une erreur de raisonnement, mais considérera que l’erreur vient de B »

C’est tellement vrai ! Lors d’un débat nous cherchons avant tout à faire triompher nos idées plutôt qu’interroger nos certitudes.

Ma position est la suivante : si nous détenons la vérité, nous ne devrions pas avoir peur d’interroger la position de l’autre, car ce faisant nous amènerons l’autre à constater l’évidence.

Reste à savoir si devant un argument qui nous bloque nous devons immédiatement reconnaitre notre défaite ou au contraire, garder nos convictions et apprendre à mieux les défendre ?

Moi je crois que si « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis », ce n’est pas parce que l’on change d’avis que l’on n’est pas un imbécile.

C’est pourquoi je vous propose ici des types d’arguments qui ne devraient en aucun cas vous faire changer d’avis.

L’apagogie

L’apagogie est un raisonnement par l’absurde. Il consiste à démontrer la vérité de quelque chose en démontrant que la position adverse est absurde (cf exemple 1). Ou alors à démontrer qu’un raisonnement est erroné en le développant jusqu’à l’absurde (cf exemple 2).

Exemple 1 : Les vegans affirment que l’on peut avoir un régime qui exclut tous les produits d’origine animal sans avoir de carence. L’exception est la vitamine B12.

Il y a une exception donc il est absurde de prétendre que l’on peut avoir un régime vegan sans carences.

Exemple 2 : Prenons le cas de désarmer les policiers. Un des arguments consiste à dire : un policier est un être humain donc il peut perdre ses nerfs et tuer quelqu’un sans raison. Alors pour éviter cela il est souhaitable qu’ils ne portent pas d’arme.

Photo by ev on Unsplash

En poussant le raisonnement à l’absurde on pourrait dire : il faut aussi leur supprimer tout ce qu’ils ont de potentiellement létal (véhicule, matraque, Taser,…) et, à tant faire, supprimer au commun des mortels leurs voitures, couteaux de cuisine, raquettes de tennis,…

Il est utile de retenir que si votre adversaire avance un propos qui semble vrai, mais n’est pas spontanément clair, il cherche peut-être à arriver à une conclusion fausse. Si tel est le cas, réfléchissez bien à chacune de ses prémisses et si une ne conduit pas, facilement et logiquement, à la suivante, pointez l’erreur et refusez d’admettre son analyse. Vous n’avez pas besoin de trouver une solution, c’est à lui d’avoir un discours cohérent.

Forcer l’adversaire à l’exagération

Il est dans la nature humaine d’insister sur un point, et même de l’exagérer lorsque notre ego a été touché. Parfois, quand c’est le cas, il nous arrive de forcer le trait, nous avons tendance à pousser notre raisonnement en dehors de ses limites. Et donc, nous perdons les pédales.

Exemple 3 : Tout le monde se souvient du « Je suis Charlie ». Ceux qui ont osé dire « Je ne suis pas Charlie » ce sont fait traiter de terroriste.

La proposition « je suis un citoyen qui n’affectionne pas particulièrement la ligne éditorial de Charlie Hebdo » a été détourné en « je soutiens l’Etat Islamique ».

Si vous avez senti que votre adversaire vous pousse à tenir des propos qui n’aurait pas été le fruit de votre réflexion dans un climat serein, vous n’avez pas à reconnaitre votre défaite. Son apparente victoire se fait sur une position qui n’est pas la vôtre.

L’opposant peut user de divers stratagèmes pour vous faire exagérer : l’ironie, l’air dubitatif, le scepticisme etc. Que ce soit en réponse à sa réaction, ou suite à une reformulation, n’hésitez pas à répondre « ce n’est pas ce que j’ai dit » et à redire ce que vous avez dit.

L’argument d’autorité

L’argument d’autorité, c’est citer quelqu’un dont le propos ne peut être remis en doute. La figure d’autorité peut être scientifique, religieuse, législative, … Les médias utilisent fréquemment des figures d’autorités en faisant appel à des experts pour s’exprimer sur un sujet par exemple.

Nous sommes particulièrement sensibles aux arguments d’autorité sur les sujets que nous ne maitrisons pas. Et, ce qui est paradoxale, c’est qu’une figure d’autorité a d’autant plus d’impact que nous ne la connaissons pas. En vertu de quoi nous lui accordons des qualités dont elle ne dispose pas nécessairement.

L’argument d’autorité consiste d’une certaine manière à botter en touche.

D’ailleurs, celui qui l’admet porte plus de crédit à l’origine de l’argument qu’à son contenu. Je ne dis pas qu’il est mauvais en soi car il permet de prendre un raccourci, ce qui est parfois judicieux. Ce que je dis, c’est que si notre position est mise en péril par ce type d’argument, il peut être bon d’interroger l’autorité de celui qui l’utilise.

Exemple 4 : Peu après l’incendie de Notre Dame, j’ai entendu un présentateur radio dire « Avec le mal que j’ai à allumer un barbecue, je ne peux pas croire que le feu de la charpente de Notre Dame ai démarré tout seul ».

Ce monsieur est sans doute très compétent dans son domaine mais n’y connait manifestement rien en matière d’incendie, ni en allumage de barbecue.

A mon sens une autorité peut être rejeté si elle s’exprime en dehors de son champ de compétence ou si elle s’est déjà trompée sur un sujet et qu’elle refuse de reconnaitre son erreur. Dans le cas où son raisonnement vous parait douteux, faites-lui expliquer en terme clair. Et si elle refuse, ou n’est pas en mesure de le faire, il me semble légitime que vous conserviez votre opinion.

D’autres figures d’autorité

Dans les figures d’autorité nous pouvons également classer l’opinion publique, la croyance populaire ou la preuve sociale. Alors qu’en réalité, le nombre de personne partageant une opinion n’a rien à voir avec la véracité d’une théorie. Si telle était le cas il faudrait retirer le droit de vote des femmes, car pendant des décennies la société a cru qu’il n’était pas dans leur rôle que de participer aux choix électoraux.

Frapper d’anathème

Il y a un coup que je trouve particulièrement mesquin. Il consiste à mettre un adversaire dans une catégorie tellement inacceptable que plus personne ne peut s’identifier à lui ou partager ses valeurs.

Exemple 5 : Prenons un débat vegan-spéciste. Le premier dit « Les animaux sont des personnes douées de sensibilité, en les tuant vous commentez des assassinats, il est donc inacceptable de consommer de la viande ». Le second répond « Avec une telle tolérance nous aurons tôt fait de retourner aux heures les plus sombre de notre histoire ».

Le spéciste veut faire passer pour nazi quelqu’un qui ne l’est pas, sans dénoncer les arguments sur la sensibilité animal, l’utilisation du terme assassinat, ou le caractère inacceptable de la chose.

Il en existe beaucoup de variante. Voici une liste non exhaustive des « cases » dans lesquels votre contradicteur peut chercher à vous enfermer.

  • Le manichéisme (voir les choses soit en blanc soit en noir),
  • Le matérialisme (croyance que la réalité n’est que la matière),
  • L’athéisme (croyance en l’inexistence de Dieu),
  • Le fascisme,
  • Le communisme,
  • L’antisémitisme,
  • L’homophobie,
  • Le spécisme (croyance que l’homme est supérieur au animaux)

En se laissant placer dans ces « cases » nous acceptons que notre propos en relève en plus de défendre l’entièreté de cette idéologie.

Si je le trouve mesquin, c’est à la fois parce que la méthode est trop simple et parce que l’on fuit le débat d’origine pour le remplacer par un débat sur l’idéologie.

Un cas très courant

En 1990 Mike Godwin a théorisé que plus un débat s’éternise, plus le risque est grand d’y trouver une comparaison avec le nazisme. Théorie à laquelle il a laissé son nom, et que l’on appelle souvent « Point Godwin ». Généralement, celui qui le cite clôt le débat, sans pour autant avoir démontré la pertinence de sa position.

Si l’opposant vous a simplement mis dans une « case » il n’y a pas lieu de considérer que notre position est erronée, et donc, sans preuve du contraire vous pouvez continuer à penser ce que vous pensez.

Les intérêts plutôt que la raison

Il se peut que votre adversaire fasse appel à des intérêts particuliers plus qu’à un raisonnement intellectuel.

Exemple 6 : Il m’arrive d’entendre, à propos du Brexit, des arguments du style « Il faut être contre car si un jour tu veux aller à Londres, tu va devoir faire plein de démarches administratives ».

Dans cet exemple le locuteur cherche à faire naitre en nous un intérêt personnel et non un intérêt supérieur tel que la justice ou le bien collectif par exemple. Le stratagème fonctionne car il rend manifeste ce qui est désavantageux, ce qui fait paraitre absurde la position opposée.

Avec une telle méthode, le débat n’a pas avancé vers la recherche de ce qui est bon, juste ou vrai. Les passions l’ont emporté.

Dans un tel cas, il me semble de bon ton de le faire remarquer et de conserver ses positions, car le débat n’a pas été à la hauteur de l’enjeu.

Photo by mahdi rezaei on Unsplash

 

Impressionner par des formules

Des locutions latines, des tirades ou des formulations érudites nous laissent à croire que quelqu’un avant nous a réfléchi à la question et a rejeté notre proposition.

Exemple 7 : Pour faire face à la crise que nous constatons, je recommande la gestion de toutes nos synergies, c’est à ce prix que nous nous en sortirons !

La phrase précédente ne veut rien dire, pour autant elle parait sensée.

Pour peu que nous n’ayons pas une grande confiance en nous ou que nous soyons conscient de nos faiblesses, nous pouvons être tenté d’abdiquer devant l’éloquence. Or ce n’est pas parce qu’une formule est belle ou qu’elle a été dite avec style qu’elle est conforme à ce qui est juste.

Très souvent dans l’histoire, et encore maintenant, des foules ont été hypnotisées par de beaux discours sans que la motivation de l’orateur ai été juste. Alors là aussi, si un point n’est pas clair, c’est à l’orateur d’expliciter sa pensée pour vous la rendre compréhensible. Si tel n’est pas le cas, rien n’a été démontré, donc rien dans votre position n’a à changer.

L’attaque personnelle

Si votre contradicteur vous attaque ad personam, c’est-à-dire qu’il quitte l’objet du débat pour vous attaquer personnellement, c’est qu’il a renoncé à défendre sa position. Il a perdu. Il cherche maintenant à vous mettre hors de vous pour vous faire perdre la face.

A ce stade de « l’argumentation » tout peut être utilisé insulte, impolitesse, « vieux dossiers », … Répondre par les mêmes procédés ne peut que vous être nuisible.

Parvenir à garder son sang-froid est essentiel. Manifestez que les propos tenus par votre interlocuteur sont sans rapport avec le débat et continuez votre critique de sa position.

Sources

L’art d’avoir toujours raison

https://www.superprof.fr/ressources/scolaire/maths/astuce/tous-niveaux-7/absurdite-raisonner-maths.html

https://fr.wiktionary.org/wiki/apagogie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_d%27autorit%C3%A9

https://www.etudes-litteraires.com/figures-de-style/argument.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin

 

 

 

 

 

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