Ouvrier! Tu ne mérites que ton Smic

Article défi 2/12

Ouvrier ! Tu ne mérites que ton Smic.

Derrière ce titre quelque peu choquant se cache le deuxième article de mon défi. Mon opinion est qu’un travail sans qualification ne peut pas être réalisé par n’importe qui. Je vais pourtant essayer, dans cet article, de justifier une rémunération au ras des pâquerettes. Pour en savoir plus sur mon défi cliquez ici.

Photo de Clément127 sur Flickr

Gagner le Smic c’est quoi ?

Celui qui gagne le Smic touche un revenu de 7,94 euros de l’heure, multiplié par 151.67 heures travaillées par mois, et donne 1204,26 euros par mois. Cette somme n’est pas la valeur de votre travail, c’est juste la partie qui rentre directement dans votre poche. Pour connaitre la valeur de votre travail, il faut ajouter les charges salariales ce qui nous amène à 1521.22. Et, bien que ce soit le patron qui les paie, il convient d’ajouter les charges patronales de 1615.25 (appelé salaire chargé). Je tiens à les rajouter dans la mesure où elle ne tombe pas du ciel, donc il faut que quelqu’un ait réalisé une activité ayant une valeur marchande. Et ça, jusqu’à preuve du contraire c’est : vous, vos collègues et votre patron (parce que oui, il faut reconnaître qu’un patron ça fait du travail).

A quoi sert l’argent des charges ?

  • Dans les charges sociales (ce sont les charges salariales et patronales) nous retrouvons de l’argent qui vous sera donnée (ou plutôt redistribuée) quand :
    • vous serez malade,
    • ou que vous serez devenu trop vieux pour travailler,
    •  vous aurez des enfants et que votre Smic ne vous permettra plus de leur donner à manger et de leur donner de quoi s’habiller,
    • votre travail vous auras bousillé la santé, ou que vous aurez eu un accident du travail,
    • vous serez mort ou en fauteuil, pour compenser votre incapacité à travailler,
    • votre patron vous auras remercié, ou que vous l’aurez quitté et que le chômage vous donnera quelques indemnités pour que vous puissiez manger, boire, dormir et peut-être aussi avoir un toit, éventuellement vous chauffer et vous habiller.

Bref ! Si, à la fin du mois, votre patron ne vous verse que 1200 euros, c’est grâce à une série « d’avantages en nature ».

Vous avez même le droit à plus !

Quand je t’ai dit que votre Smic vous donne le droit à cette série « d’avantages en nature » je vous ai quelque peu mentis. Vous avez le droit à plus que ça !

Votre patron vous « donne » également (oui il est obligé, mais c’est pas la question :-D) 5 semaines tous les ans pour… ne pas aller à la plage, parce que faut pas déconner non plus, c’est pas avec 1200 euros que vous pouvez vous payer un trajet et un hébergement pour les vacances ! (Et j’en sais quelque chose)

Et éventuellement, vous pouvez avoir d’autres avantage du genre la moitié de tes frais de transport en commun payé par le patron (si vous ne les avez pas, aller lui demander, c’est la loi), peut-être du ticket resto, et d’autres choses du genre.

Mais ce n’est pas tout !

Votre patron paye les moyens de faire votre travail. La richesse que vous créez en travaillant sert à financer ces moyens (poste de travail, outils, …). D’ailleurs comment pourrait-il en être autrement ?

Ce qu’il paye, entre autres, c’est votre poste de travail. Alors oui ! Il peut être vétuste, abîmé, inadapté, … Il peut être beaucoup de chose ! En même temps chez moi, et chez vous aussi je suppose, j’ai des ustensiles de cuisine, des outils dans mon atelier, des articles de sport, des vêtements ou une voiture qui ne sont pas tout neuf, qui ne sont pas tous en bon état, qui ne sont pas tous au top de ce qui se fait, et qui malgré tout remplissent leurs fonctions, alors je les garde. Je les garde parce que les changer n’est ni indispensable ni à l’ordre du jour. Les changer maintenant, c’est faire l’impasse sur d’autres choses plus cohérentes avec le calendrier.

Priorité des investissements et nécessité d’épargne

Pour ma vie perso, ça peut être les draps de mes enfants que je vais prioriser sur mes vêtements, ou mes frais dentaires sur la vidange de ma voiture.

Pour votre patron, ça peut être la constitution d’une réserve pour un investissement ultérieur (ou payer la condamnation au prud’homme au profit de votre ancien collègue) ou de prioriser la mutuelle de l’entreprise sur les sièges au design quelque peu désuet de votre poste de travail.

Je ne nie pas que parfois, des investissements plus essentiels que ceux cités ici ne sont pas effectués, aux profits de quelque dividende ou la réfection complète du bureau du directeur. Il faut avant tout savoir ce qui est dégagé comme marge et quel sont les investissements prioritaires de l’entreprise, qu’il concerne la sécurité des travailleurs ou la pérennité de l’entreprise (j’aimerai avoir votre avis : la priorité c’est : la sécurité avant la pérennité ou la pérennité avant la sécurité ?).

Le problème d’un salaire supérieur au Smic

C’est, il me semble, une fois que l’on a pris en compte le coût global de notre travail et de ce qu’il rapporte réellement à l’entreprise que nous pouvons avoir un avis pertinent sur le montant de notre rémunération. Du montant de cette rémunération dépend la viabilité et ensuite la compétitivité de l’entreprise. Exiger, si tant est que l’on puisse, une rémunération supérieure, n’est rien d’autre que couper la branche sur laquelle nous sommes assis, nous conduisant inéluctablement à une condition financière plus exigeante.

Soyons honnêtes, il est difficile de vivre avec un Smic. Mais avec moins, comment faire ?

Mon taux horaires c’est que dalle, par rapport au prix de vente !

Oui ! et c’est normal !

  • Que comprend le prix de vente du produit ? Là ça dépend beaucoup de votre secteur d’activité mais en gros il comprend :
    • Les équipements (des bâtiments aux machines en passant par des brevets ou autres…)
    • La matière première (celle que vous travaillez et celle consommée en énergie)
    • La rémunération de tous ceux qui ont contribué à la réalisation du produit (du commercial au comptable en passant par les sous-traitants et de l’ouvrier de production aux cadres dirigeants en passant par les managers)
    • La marge de l’entreprise (sans elle pas de pérennité, pas de solidité face aux « coups durs » (je ne résiste pas ici à remettre le coût des prud’hommes et celui des accidents du travail…), et puis aussi : qui irait créer une entreprise si elle ne faisait pas de marge ?
    • Les taxes diverses et variées

Je pense donc, qu’en étant de bonne foi, il est normal de reconnaître que comparer son salaire aux tarifs du produit fini est un raccourci bien trop … court.

Grâce à votre Smic vous contribuez à garder l’emploi en France !

En 2017, 1,65 millions de personne touchaient le Smic, l’augmenter c’est peser sur les entreprises, bon nombre sont des petits commerces, des PME et TPE. Veut-on leur mort ? Veut-on leur disparition, ainsi que celle des emplois qui vont avec ? Disparition de l’emploi du patron qui a investit dans son entreprise, qui a prit des risques pour la faire naître et qui, lui contrairement à nous, n’a pas droit aux indemnités chômage. Disparition de l’emploi de vos collègues qui gagne modestement plus que vous, par compétences supplémentaire ou parce qu’ils ont patiemment saisi les opportunités et gravi les échelons.

Peut-être que je mérite un peu plus que le Smic quand même ?

J’ai envie de vous demander : Sans qualification ?

photo de Msamsa7373 sur Flickr

Je crois qu’il est évident pour tout le monde qu’une compétence particulière augmente notre attractivité et donc notre salaire. Mais dans la mesure ou ceux qui n’ont pas de qualification sont nombreux et que ceux qui en ont une peuvent faire comme s’ils n’en avaient pas, qu’est-ce qui justifie d’attribuer à un travail accessible à tout le monde une valeur supérieur au minimum ?

Que gagnons nous vraiment en étant au Smic?

Le sens de mon article n’est pas de dire que vous n’avez pas besoin de plus ou que vous vous résumez à la valeur de votre travail. Le sens de mon article est de montrer deux choses.

La première est de considérer qu’en réalité en étant au Smic, nous avons 1615 euros et que la part qui ne nous est pas versée nous donne droit à des services d’une valeur supérieur à cette somme.

La deuxième, qui je crois n’est pas quantifiable, est la chance que nous avons de ne travailler “qu’au travail”. Je m’explique : en temps que salarié sans qualifications et sans responsabilité nous avons un travail qui ne nous préoccupe pas en dehors du temps de travail. Lorsque vous commencez à avoir des responsabilités, et plus encore lorsque vous passez au forfait jour, votre travail ne s’arrête jamais. Si vous avez un moment de libre entre deux discussions pendant le repas du soir : vous pensez à votre travail. Vous vous promenez au parc avec vos enfants : votre esprit est reparti avec vos fournisseurs. Vous vous réveillez au cours d’une nuit trop courte et d’un sommeil agité : vous vous inquiétez de l’atteinte de vos objectifs.

Un gros avantage d’être au Smic

Alors oui ! Je vous le dis : le Smic n’est pas dénué d’avantages. Bien sûr dans les menus tracas du quotidien des choix doivent être fait. Mais nous ne mesurons pas toujours le confort de cette sérénité, qui est, une fois le cadenas remis sur le vestiaire, ou une fois être assis au volant dans notre voiture, d’avoir un esprit libéré de ces taches, de ces pensées qui ne sont pas les nôtres…

Merci du temps de lecture que vous m’avez offert.

Pierre-Favre Bocquet

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