Pour ou contre les vaccins ?

Le sixième article de mon défi porte sur la vaccination. Alors : êtes-vous pour ou contre les vaccins ? Personnellement je suis contre. Cependant, le but de mon défi est de défendre la thèse opposée à la mienne (pour comprendre cliquez ici), donc cet article sera pro-vaccins.

Etre compétent à juger des vaccins

En France, 22 millions d’individus, armés de leur bon sens et de leur modeste connaissance médicale, s’interrogent sur le bien-fondé de se vacciner. Que chacun se pose des questions est à la fois naturel et légitime. Particulièrement lorsqu’il s’agit d’un domaine aussi grave que la santé.

En même temps, c’est bien parce qu’il s’agit de notre santé que nous sommes sujet de tomber dans nos « passions ». Passion au sens où Aristote les entend, c’est-à-dire « ce qui fait que nous jugeons parfois de manière différente, et qui nous cause de la peine ou du plaisir ». Donc : parce que le sujet de la santé ne nous laisse pas indifférent nous réagissons parfois de manière inconsidérée.

Lorsqu’un humain entreprend de décider quelque chose, il passe par le mécanisme de la décision. Et parce que ce sont les émotions qui guident nos décisions (la raison pure permet l’analyse et non le choix) nous sommes fortement sujets à commettre des erreurs dans nos jugements, surtout lorsque le sujet nous semble grave.

Je ne vous demanderai pas de laisser tomber vos préjugés, mais au contraire, de venir avec.

Victor est Antivax

Victor ne prend jamais sa voiture (d’ailleurs il n’en a pas), évite les transports en commun, ne fume pas, ne boit pas, mange bio, fait son footing quotidien, sa gym dès son levé, se couche tous les soirs à la même heure (et jamais après avoir regardé les écrans), n’utilise pas de produit chimique ni de produit cosmétique. Il se méfie des produits vendus dans le commerce, achète sa nourriture sur le marché, ne mange jamais trop gras, salé ou sucré. Victor ne fait jamais d’excès, est toujours mesuré et raisonnable en tout, n’est ni passionné ni apathique. Il n’est bon en rien, moyen en tout, ni drôle ni triste, écoute quand on parle, parle quand on écoute. En bref, et pour être un peu cru, n’a ni passé, ni avenir, ne dérange ni n’intéresse personne.

Photo de Gabriel sur Unsplash

Contre les vaccins et logique avec lui même

Alors, quand il me dit qu’il est contre la vaccination, je l’écoute. Je considère sa position à l’aune de son comportement. Il est très logique avec lui-même, et ça je le respecte. Il ne veut pas se faire vacciner parce que la vaccination comporte des risques. Et comme vous avez pu le comprendre dans sa description, il y a une chose dont il passe sa vie à fuir : le risque. Le moindre risque. Il n’y a pas pour lui de « petit » risque, il y a « du risque ». Pour lui, un risque est un risque, et n’a pas à être pris.

Alors quand il me dit qu’il est contre la vaccination je l’écoute. Je l’écoute parce qu’il est cohérent et exemplaire. Il n’y a pas d’hypocrisie dans son comportement.

Victor se sent incompris par un grand nombre d’antivax. Ces derniers refusent les vaccins pour de soi-disant motif de santé ou de sécurité, mais il les voit boire des bières, fumer des clopes, ne pas faire de sport, bouffer des saloperies, s’étaler des cosmétiques sur la gueule, se foutre de l’air qu’ils respirent (et font respirer à leurs enfants). Pour eux, les produits sains sont trop chers, d’ailleurs ils ne savent ni où les trouver ni qui ils sont.

Sont-ils pour ou contre les vaccins ? Victor ne comprend pas.

Alors quand il les entend critiquer les vaccins, il ne comprend plus : Pourquoi refuser de prendre un risque pour en diminuer un plus grand, et en prendre d’autres pour quelques menus plaisirs… Victor ne comprend pas, et ne comprendra jamais plus… Il n’a pas résisté au méningocoque, sans doute refilé par Daphné, elle aussi Antivax non vacciné, parce que “la fatigue chronique et les douleurs musculaire, c’est les boules quand même” ! Pauvre Victor. Adieu Victor. Une bactérie a eu ta peau, mais c’est pas grave, moi je vais bien.

Convaincre d’être “pour” ou “contre” les vaccins?

Chacun voit midi à sa porte. C’est heureux, mais c’est bien là le problème.

Si je dis, c’est heureux, c’est parce que chacun dispose de liberté.

Si je dis que c’est un problème, ce n’est pas parce que tout le monde n’a pas droit à la liberté ? Non. Ce que je veux dire c’est : tout le monde a droit à la santé. Ou, a minima, personne n’a droit de transmettre des maladies à un innocent.

C’est l’étendue de nos connaissance qui nous permet un jugement pertinent

Chacun voit midi à sa porte veut dire que chacun juge par rapport aux éléments qui sont portés à sa connaissance et par rapport à son propre intérêt. L’intérêt particulier est-il supérieur à l’intérêt commun ? Personnellement je ne le crois pas.

Lorsque nous bénéficions d’avantages dûs au fait que nous vivons en collectivité, nous avons une obligation de nous comporter de telle manière que nous ne la compromettions pas. Du moins cela me semble juste.

Etre pour ou contre les vaccins, ce n’est pas un choix personnel. Ça le serait si les conséquences de la vaccination, ou de son absence, n’impliquaient que celui qui fait ce choix. Or ce n’est pas le cas. Pour être efficace, la vaccination doit être effectuée sur un grand nombre de personne (généralement au moins 95% de la population). C’est la couverture vaccinale qui va venir à bout de ces virus et bactéries, comme cela a été le cas pour la variole.

L’égoïsme tue…

… et la maladie aussi. Mais qui, de ceux qui sont pour ou contre les vaccins, tuent le plus?

Ce qu’il y a de drôle, c’est qu’au motif de se protéger, et de protéger ceux que l’on aime, nous prenions plus de risques, et leur faisons prendre plus de risques. En effet, les risques d’avoir des complications grave suite aux vaccins sont de l’ordre du négligeable. Alors que les risques d’avoir des complications grave suite à la maladie sont important. Pour ceux qui aurait un doute je vous invite à regarder cette vidéo qui mets bien en avant le fait que les maladies dont nous protège les vaccins ne sont pas de « gentilles maladies ».

Photo by CDC on Unsplash

Mais le risque, il n’y a pas que nous qui le prenons. Au motif d’être responsable de soi, nous faisons courir un risque à nos contemporains. Mieux ! Nous ne faisons que peu de cas de frais d’hospitalisation engendrés par notre refus de la vaccination, car c’est la société qui paie. En d’autres termes : nous refusons de porter notre pierre à l’édifice mais nous acceptons bien volontiers d’être pris en charge par le système. Curieux raisonnement de la part de ceux qui se targuent d’être (de vouloir être) autonome, libre et responsable.

La vaccination : victime de son succès

Il y a autre chose qui m’amuse, si la vaccination ne nous semble plus indispensable, c’est parce que nous ne voyons plus la maladie. Et si nous ne voyons plus la maladie, c’est parce que la vaccination s’est étendue. « Victime de son succès » lirions nous chez Mac Donald.

Vaccin = poison

Il faut être fou pour accepter de se faire injecter des sels d’aluminium dans son corps ! Nous pourrions dire qu’il faut être fou pour ne pas l’accepter, car le risque est moindre. Et puis, comme dans l’histoire de Victor, nous absorbons tous les jours quantités de produits « chimiques » et autres poisons pour des motifs bien moins bénéfique que les vaccins. Alors, le bon sens, n’est-ce pas commencer par rejeter ceux-là ?

La nature sait bien se défendre toute seule, laissons-la faire et notre corps s’immunisera. Avec le nombre d’épidémies de Diphtérie, de polio, coqueluche, hépatite b, pneumocoque, … Ça se saurait si la nature savait nous immuniser toute seule.

Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

J’en arrive là au dernier contre argument. Je l’aime autant que je le déteste, tant nous pouvons lui faire dire n’importe quoi.

C’est l’argument qui consiste à dire que toutes les preuves sont fausses parce que les lobby sont derrières. Magique ! C’est magique ! Plus besoin de penser, juste d’avaler les « prêts à penser ». Il n’y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Les anti-vaccins utiliserons cette sagesse populaire pour dire que les pro-vaccins ne veulent pas voir. Et les pro-vaccins pour dire que les antivax ne veulent pas voir. Alors, comment convaincre ? Qui croire ? Qui ne pas croire ?

Un instant de réflexion

Acceptons de nous poser deux minutes, et demandons-nous : ais-je un avis tranché sur la question ? Pourquoi ?

Est-ce que mon but est de confirmer ce que je pense déjà ?

Vous avez la réponse?

Si la réponse est oui, vous savez que vous avez tort. Pas de penser que les vaccins sont bons ou sont mauvais, non. Là où vous avez tort, c’est dans le raisonnement qui vous a amené à penser ce que vous pensez.

Peut-être avez-vous raison dans les faits, mais le raisonnement que vous avez eu ne permet pas de l’affirmer.

Alors, pour ou contre les vaccins ?

Ce n’est pas un choix personnel car l’implication du choix de chacun se répercute sur la société. Convaincre et se convaincre implique plus que votre personne.

Photo de Hyttalo Souza sur Unsplash

Si ces maladies sont transmises à la postérité, nous en sommes co-responsables.

Être un animal social et doué de raison, c’est rendre à la société ce qui lui est dû.

Et transmettre à nos enfants et petits-enfants un monde plus juste, plus beau et un peu meilleur devrait être un des objectifs de ceux qui s’estiment raisonné, cultivé et intelligent. En un mot : aux êtres sensés.

Merci de m’avoir lu

Pierre-Favre Bocquet

Voici les autres articles de mon défi :

https://apprendreaconvaincre.com/abattre-un-animal-pour-manger-de-la-viande/

https://apprendreaconvaincre.com/ouvrier-tu-ne-merites-que-ton-smic/

https://apprendreaconvaincre.com/pour-ou-contre-la-legalisation-du-cannabis/

https://apprendreaconvaincre.com/non-aux-violences-educatives-ordinaires/

5 https://apprendreaconvaincre.com/droit-des-femmes/

7 https://apprendreaconvaincre.com/le-port-darme-en-france-vraiment/

8 https://apprendreaconvaincre.com/le-survivalisme-cest-absurde/

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10 commentaires pour “Pour ou contre les vaccins ?

  1. Jolie démonstration 🙂 Et au-delà du pour ou contre, je me dis que nous avons des décisions vraiment difficile à prendre dans notre société où l’information est tellement abondante qu’on ne sait plus que penser… Je suis contente de ne pas avoir d’enfant pour ne pas avoir à décider pour ou contre la vaccination 😉

  2. L’ennui aujourd’hui c’est que, que l’on soit pour ou contre, on n’a pas vraiment le choix ! (autre question de débat : doit-on imposer ou laisser libre choix sur des questions telles que le vaccin ?) 😉

    1. héhé, je pensais esquiver cette question… la liberté individuelle est pour moi un des droit fondamentaux de l’être humain, si ce n’est LE droit fondamental. Alors la réponse à cette question est très clair dans ma tête ;-). Serais-je capable de défendre la thèse opposé??? Merci Valentine 😀

  3. bONJOUR Pierre,
    la question pour moi n’est pas pour ou contre puisque mon avis a évolué d’un extrême à l’autre en 20 ans à cause ou grâce à l’expérience qui a entraîné une volonté de d’avoir des certitudes et pas seulement de reprendre les idées colportées par les uns ou par les autres. La vrai question est la liberté de choix aujourd’hui…et ce n’est plus le cas depuis plusieurs années…Or, le vaccin est avant tout un médicament mais bizarrement il ne répond pas aux mêmes “règles”: précautions avant mises sur le marché, évaluation des bénéfices risques pour chaque personne, choix éclairé du patient…et c’est plutôt ça qui m’interroge…en tout cas, merci pour ton article intéressant!

  4. Je découvre ton défi et trouve l’idée très intéressante. Le problème avec les vaccins, c’est que l’on peut discuter longtemps, des lois sont là et il faut beaucoup d’audace, d’astuces et d’énergie pour passer au delà. Quid du libre arbitre dans une société dite de liberté ?

  5. C’est marrant, j’ai beau connaître cette technique de rhétorique (défendre le point de vue opposé au sien), je trouve toujours ça aussi dur. Plus encore sur un sujet aussi “glissant” où se mêlent des concepts aussi complexes que la liberté individuelle ou la responsabilité sociale.
    En tout cas bravo pour ce défi, c’est très impressionnant !

  6. C’est un peu pervers comme question, pour ou contre LES vaccins. Quels vaccins ? Pour quelle population ? Dans quelles circonstances ? Si tu veux savoir si je suis pour ou contre la vaccination systématique de tous les nouveaux-nés avec 11 Ou 12 souches différentes en même temps, je crois que nous sommes d’accord…

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