L’éloquence

L’éloquence ! Parfois décriée, souvent méconnue. Elle est l’art de bien parler.

(Je ne saurai que trop vous conseiller d’écouter cet article en cliquent ici plutôt que de le lire)

L’art de bien parler

Tout le monde devrait savoir bien parler. Ce n’est pas un besoin, c’est une nécessité. Le pouvoir du verbe, c’est le pouvoir de vendre et de se vendre, de transmettre ses valeurs ou dénoncer celles du voisin, c’est de ce pouvoir dont vous avez besoin quotidiennement.

Etudiant, commerciaux ou militant, mais aussi homme de la rue ou manager. C’est votre facilité à vous exprimer qui vous ouvrira ou fermera les portes. Si elle sert à tout le monde, c’est parce que de la conversation à l’élocution public, en passant par le pitch, elle donne relief et consistance à votre propos.

Photo de Priscilla Du Preez sur Unsplash

 

L’éloquence qu’est-ce donc ?

Robert me dit « don de la parole, facilité pour bien s’exprimer ». Moi je vous dis, c’est un don de Dieu, ou des Dieux selon votre philosophie, mais c’est un talent qui se travaille. Nous avons tous en nous le germe de l’éloquence, et c’est dramatique que de ne pas le faire fructifier. L’éloquence, c’est ce qui n’a pas besoin des mots pour être là, mais qui sans eux ne sera pas là. C’est la poésie de la vie, c’est le miel de la parole sans être un luxe. Ça ne peut être un luxe tant l’éloquence rend agréable et conviviale un échange verbal.

L’éloquence, c’est l’utilisation du verbe, de la verve, pour vilipender, vitupérer, pérorer ou paraphraser. Peu importe, ce dont vous avez besoin, c’est de mettre des mots jolis, des sonorités sympathiques. Le sens viendra plus tard, ne soyez pas avare. Parlez donc. Ne soyez pas avare, soyez plutôt bavard. Comme Babar.

L’éloquence, c’est ce qui vous sort de toutes les situations, c’est ce qui vous permet d’avoir raison même quand vous avez tort ! C’est ce qui vous permet de réconforter et consoler. Avec les mots vous pouvez gagner, vous pouvez séduire, vous pouvez détruire.

Son secret :

Le célèbre philosophe grecque Aristote nous enseigne que pour conquérir la confiance de son public, il faut user de son autorité, de son expérience et de clarté dans le propos. Il faut également éveiller les sentiments pour enflammer les émotions (ce procédé peut être considéré comme un sophisme) : colère, pitié, peur, empathie, joie, … Et également user d’argumentation et de contre argumentation. En 3 mots cela donne : « Ethos, pathos, logos ».

Cicéron vous dirait : « delectare, docere, movere ». Pour les non latiniste, comme moi, je nous traduis « plaire, instruire, émouvoir ».

Je vous donne également la traduction faites par Me Périer « L’éloquence c’est : plaire, émouvoir, convaincre par la force de la parole ».

Et si vous voulez en savoir beaucoup plus, cliquez ici, et vous aurez ma version des faits.

L’éloquence, comment ça marche :

Avant tout, c’est se mettre dans un rôle. Son rôle. L’éloquence est un genre de comédie où vous jouez votre propre personnage. Tel un acteur vous avez un masque, mais ce masque, contrairement au comédien, c’est le vôtre.

Photo by Jessica Rockowitz on Unsplash

L’éloquence, c’est ce qui embellit l’idée que votre conscience a produit. C’est la pierre précieuse que l’on sertie sur une bague. De toutes les inventions que vous pouvez faire, aucune ne sera partagée sans que vous l’énonciez, alors, pour les meilleurs, il est bien légitime de les mettre en valeur. Il est légitime de renforcer votre image, en jouant avec élégance le masque de la personne que vous êtes. Jouer son propre rôle, c’est passer de son personnage privé à son personnage public. Votre intimité ne regarde que vous, c’est pourquoi vous ne sortez pas nu pour aller faire vos courses…

Pourquoi en serait-il autrement de la parole ? Le vêtement de l’éloquence, c’est l’armure du chevalier, celle qui donne prestige et prestance, celle qui fait briller, celle qui nous fait hésiter à provoquer l’homme qui la porte.

Pour fonctionner, l’éloquence doit être :

      • Plaisante (pour ce faire ayez un ton doux et insinuant)
      • Enseignante (travaillez votre esprit, de manière à le rendre pénétrant)
      • Émouvante (provoquez des mouvements pathétiques)

Habiller sa parole

L’éloquence est à la parole ce que la carrosserie est à la voiture, ce que le vêtement est à votre personne. En effet, pour toute chose il y a la forme et il y a le fond.

Voudrait-on d’un monde qui ne serait fait que pour les études, le travail et l’éducation ? Je ne le crois pas. Nous voulons d’un monde pour aimer, rêver et satisfaire ses sens. L’un sans l’autre n’a pas de sens, pas d’intérêt, pas d’avenir.

L’éloquence, c’est ce qui rend beau l’expression de votre âme, de votre pensée… Vous extériorisez votre valeur intérieure par la parole. Votre valeur intérieure, c’est la production de votre esprit, c’est ce qui vous distingue de la matière, ce qui vous rend supérieur à la matière : ce qui vous rend noble.

Votre valeur intérieure se doit d’être valorisée ! Elle le mérite parce que c’est ce qu’il y a de plus sacré en vous. De même que l’on apprête un bon plat pour le servir à ses convives, il est nécessaire de travailler sa parole pour la rendre belle, agréable et percutante. C’est l’éloquence qui vous y aidera.

Et aussi : cliquez ici pour le savoir…

L’éloquence est personnelle, chaque orateur à son style, mais tous ont le point commun de nous faire aimer les entendre.

Utile, nécessaire ou superficiel ?

De l’éloquence d’apparat à l’éloquence de nécessité, il n’y a pas un être humain qui puisse s’en passer ! D’ailleurs, même le silence peut être éloquent !

Photo de freestocks.org sur Unsplash

 

L’éloquence d’apparat c’est la discussion (un savoir-faire bien français, un produit du terroir diront certains, que l’Europe nous a envié des siècles durant).

L’éloquence de nécessité, c’est la négociation et le débat.

Et vous avez, à cheval sur ces deux éloquence, l’éloquence des discours. Ceux-ci servent à plaire, à émouvoir, à convaincre, à instruire, à divertir, à amuser, à flatter, à valoriser, à encourager. Ils servent à tout, ils servent à tous.

Que vous vouliez briller dans les yeux des êtres qui vous sont chers, que vous ayez un entretien ou un examen, il y a forcément une éloquence à travailler. Et si vous avez des valeurs, si vous avez une cause qui vous tient à cœur, si vous voulez avoir une chance de changer le monde ; il va falloir parler avec éloquence…

Convaincre = théorie + pratique

Pour convaincre, il est nécessaire d’allier la rhétorique et l’éloquence. La première, c’est la théorie, la deuxième c’est la pratique. Comme toutes les disciplines, l’éloquence a ses détracteurs.

C’est un cadeau formidable que d’avoir des détracteurs, ceux sont eux qui vous poussent à la remise en question et donc à l’amélioration. Et puis, qui dit détracteurs dit également des gens qui vous aiment inconditionnellement, qui vous soutiennent et vous tirent vers le haut.

Les détracteurs de l’éloquence sont les philosophes. Ceux sont ceux qui utilisent le questionnement, en quête du « vrai » et du « juste ». Les philosophes ont su pendant longtemps faire taire l’éloquence, mais celle-ci renaît de ses cendres.

Quand l’éloquence est-elle née ?

L’éloquence a souvent été apprise ! Mais depuis le début des années 1900 la culture de l’écrit s’est imposée. La classe de terminale était appelé jusque-là : « classe de rhétorique ». L’abandon de cette culture de l’oral a été une grave erreur… un grave préjudice à l’être humain qui, tous les jours, se doit de s’exprimer davantage à l’orale qu’à l’écrit.

L’éloquence et la rhétorique, vieilles comme le monde ? Peut-être pas quand même. Ces disciplines ont vu le jour vers le cinquième siècle avant notre ère. En Grèce d’abord, puis à Rome. Ces disciplines sont nées de l’impérieuse nécessité de savoir se faire entendre pour défendre ses intérêts.

Photo de Pavel Nekoranec sur Unsplash

Qui n’a pas d’intérêt à défendre ? Qui n’a pas de valeur à défendre ?

La suite de l’éloquence, ce n’est plus tant de convaincre ses contemporains que de briller en société. L’élégance, la beauté des figures de styles rendent la parole somptueuse et aimable par elle-même. Pour la rendre belle, il faut pratiquer bien sûr, mais pour pratiquer il faut se cultiver, il faut apprendre, il faut être curieux. De tout et de rien, mais surtout de tout. Cet exercice d’apprentissage permet d’augmenter sa culture pour, peut être un jour, bien penser.

Pour citer le célèbre avocat pénaliste Me Dupond-Moretti, grand orateur s’il en est, « plus on maîtrise de mots, plus on peut nuancer et être précis, alors le vocabulaire est essentiel […] pour moi, l’éloquence, c’est avant tout s’exprimer avec clarté. ».

Je repose la question : « Qui n’a pas besoin de s’exprimer avec clarté ? »

L’éloquence est-ce à la portée de tout le monde ?

Oui ! Je dis un grand “Oui” !!! Mais parfois avec beaucoup de travail. De Démosthène, qui était bègue, à Périer qui était timide, en passant par Churchill, qui de son propre aveu n’était qu’un piètre orateur à ses débuts, ou une Simone Veil qui butait sur les mots… Le travail met tout à portée de tous !

De quoi se nourrit l’éloquence ?

Deux ingrédients la servent avec efficacité : la colère et l’humour. Oh bien sur chacun peut être éloquent à sa manière, chacun se doit d’avoir son style, mais ces deux ingrédients la servent si bien, que ce serait omettre le sel et le poivre dans le plus raffiné des mets, que de n’en pas parler.

Le changement de registre, de ton et de débit de parole vous donnerons l’assurance d’une écoute efficace.

La colère pousse à l’action, l’humour à la mémorisation.

Vous avez besoin des deux pour pousser votre public à agir. En fait l’éloquence est indispensable à qui veut convaincre car l’être humain est en grande partie irrationnel. Utiliser des arguments alimente son système « réflectif », ce qui a des intérêts pour stabiliser ce qu’il pense dans la durée, mais pour pousser à l’acte, il faut faire appel au mode « automatique », et pour cela il faut activer le mécanisme de la décision, qui passent par les émotions, qui sont « ce qui nous mets en mouvement ».

L’éloquence : épée de justice où couperet de bourreau ?

L’un ou l’autre, l’un et l’autre. Seule la vérité détient les vrais arguments. Alors pour la trouver, il est nécessaire de savoir ce qui nous fait penser ce que l’on pense.

Deux options sont possibles : n’armer que certains pour un combat déloyale ou armer tout le monde pour un combat équitable.

Mon cœur penche pour cette deuxième solution. Car même si les mots sont des armes, ces mêmes mots sont des boucliers. Contrairement aux vraies armes (qui tuent et font cesser la confrontation), les mots tuent et blessent symboliquement, à tout le moins laisse la vie à la victime, qui pourra alors réévaluer sa position, l’abandonner ou la renforcer.

L’ignorance est le pire de tous les mots. Et l’éloquence permet la connaissance. Alors l’éloquence est un bon serviteur…

Merci de m’avoir lu

Pierre-Favre Bocquet

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •